Satisfecit
et cartons rouges
Débat sur la polémique
autour de la colonisation et de l’abrogation de l’article 4 de la loi
du 23 février 2005.
Parmi les nombreuses
déclarations d’élus qui ont été
amenés à se prononcer sur la décision du
président de la République d’abroger l’article 4 on
relève :
Dans la catégorie carton rouge,
pour leur absence de courage, le ministre délégué
aux Anciens combattants, Hamlaoui Mekachera, qui a indiqué
« qu’il s’agissait d’une décision de sagesse car la
polémique a masqué les apports de la loi en faveur des
rapatriés et des Harkis ». Tout aussi courageux, le
rapporteur de cette même loi, le député des
Bouches-du-Rhône, Christian Kert, ajoutait que « la
décision de Jacques Chirac était la solution la plus
raisonnable pour apaiser une polémique dont l’ampleur
dépasse désormais largement l’intention formelle du texte
». Le ministre du Tourisme, le Guyanais Léon Bertrand,
s’est félicité pour sa part de la solution de bon sens
républicain et du fait que, par cette décision le
Président manifestait que l’unité nationale, dont il est
le garant, impose que l’on se garde d’inscrire dans la loi des notions
qui portent en germe le mépris et la négation de l’autre.
Quant à Nicolas Sarkozy, il soulignait le geste d’apaisement
voulu par le président de la République en ajoutant
« de ce que j’ai compris, le reste de la loi restera en vigueur.
C’est très important pour un certain nombre de nos compatriotes,
Harkis notamment ». Enfin, Jean-Louis Debré,
président de l’Assemblée nationale, chargé par
Jacques Chirac d’une mission qui, en fait, devait conduire à
cette abrogation, n’hésitait pas à déclarer qu’il
n’y a dans cette décision ni humiliation, ni renoncement, ni
reniement, ni repentance. En matière de reniement, pourrait-on
objecter, il a de qui tenir. Quant à la gauche, de Christiane
Taubira au parti communiste en passant par les Verts et le parti
socialiste, rejoints par l’UDF, ce fut évidemment un concert
unanime en faveur de l’abrogation de la loi.
Enfin carton rouge d’honneur à
Roger Hanin qui déclare à Paris-Match (24 novembre 2005)
: « On habitait la basse Casbah d’Alger. On ne roulait pas sur
l’or mais, au risque de faire cliché, on était riches de
notre amour. Ce qui ne m’a pas empêché de me sentir
parfois humilié, malheureux. Parce que nous étions
pauvres, on ne me recevait pas dans les familles «
françaises », c’est-à-dire pas juives, les
Pieds-Noirs. J’avais le droit de jouer au basket avec leurs fils, mais
pas de venir m’amuser dans leurs surprises-parties. Moi je trouvais
ça normal ! C’est plus tard que j’ai réalisé ce
racisme, cet antisémitisme. J’étais un « arabe juif
». L’ironie, c’est qu’aujourd'hui je suis leur emblème.
Ils ont oublié. Moi aussi ».
Dans
la rubrique satisfecit, on notera cependant que quelques
élus firent preuve de courage dans ce concert de pensée
unique, tel à l’UMP, Claude Goasguen qui déplorait que
l’on écarte le sujet sans le régler en précisant
que ce n’est pas par l’omission que l’on va réconcilier les
Français. Lionel Lucca pour sa part regrettait que l’on ait
cédé à l’agitation de groupuscules qui ne
représentent qu’eux-mêmes, pendant que Christian Vanneste,
auteur de l’article 4, rappelait le parti pris des manuels scolaires
dans le traitement de la présence française outre-mer.
Michèle Tabarot, fille de Pied-Noir, quant à elle
évoquait la légitime fierté que nous pouvons
retirer de cette présence française en Algérie.
Enfin, Philippe de Villiers estimait que le retrait de cet article
était « une honte s’inscrivant dans une longue
chaîne de reniements vis-à-vis de l’histoire de France qui
nous amène à fêter Trafalgar plutôt
qu’Austerlitz, à préférer le FLN à
l’armée française », pendant que Jean-Marie Le Pen
dénonçait le mensonge de la mission Debré «
prétexte pour adopter une fois de plus des positions salissant
la mémoire nationale ».
À l’initiative de notre ami et
adhérent, le journaliste Jean Jolly, l’Académie des
sciences d’Outre-mer, après un vif débat, a
adopté, avec le soutien de son président Xavier de
Planhol, dans sa séance du 27 janvier 2006, une motion par
laquelle elle s’élève avec force contre la campagne de
désinformation niant les aspects positifs de la contribution de
la France au développement des pays dont elle avait la charge.
Un grand bravo donc pour cette réaction courageuse.