Famille Maruchi
Le 21 juin 1962
Béni-Maïda
Yvonne
Maruchi, née Seguin, 63 ans, la mère ; Guy Maruchi, 37 ans, le fils ; Paule Maruchi, née Esperou,
37 ans, épouse de Guy ; Claude
Maruchi, 34 ans, le fils cadet ; Louise Maruchi, 28 ans,
épouse de Claude, enceinte de 8 mois et demi ; Edmond Maruchi, 2 ans, fils de
Claude et Louise.
Témoignage
de Claude Cabot, attaches familiales par alliance.
J’ai personnellement suivi cette
affaire à l’époque car nous avions, par
l’intermédiaire de ma belle-famille, des attaches familiales
avec les disparus. La rumeur de l’enlèvement, s’est vite
répandue dans la région, accompagnée de plusieurs
versions « insolites » et incontrôlées. Celle
émanant du sous-préfet de Vialar, que j’ai moi-même
rencontré, et qui prétendait que la famille Maruchi avait
décidé de rejoindre le maquis de l’Ouarsenis, version
rocambolesque par rapport à la composition de la famille, mais
que je ne pouvais contredire.
La version des faits ne pouvait pas être prise au sérieux,
mais il était impossible de se rendre à la
propriété, car, ni la gendarmerie, ni l’autorité
militaire, aux ordres du colonel Amar, chef de secteur militaire et
disposant de deux unités, le 110e RIM (soit 4 compagnies), et du
34e RI (2 compagnies), n’ont souhaité nous accompagner dans nos
recherches, trop préoccupées par le respect des accords
conclus pour le cessez-le-feu.
Cette famille a été massacrée, ainsi qu’un de
leurs amis, M. Catala, un
artisan de Vialar, qui se trouvait sur place au moment des faits. Nous
n’avons pas pu récupérer les corps et avons
renoncé par manque de protection…
Témoignage
de Paul et Renée Hessant, proches de la famille Maruchi.
La situation troublante dans laquelle
nous vivions nous a incités à quitter
définitivement Trumelet en 1957. Aussi, au moment des faits,
nous demeurions à Perpignan et nous n’avons eu connaissance du
drame que quelques jours plus tard, lors d’une rencontre fortuite avec
un habitant de Burdeau, qui nous relatait l’événement,
sans savoir que nous étions parents avec la famille Maruchi.
Vous pouvez imaginer le choc que nous avons ressenti, d’autant plus que
nous avions reçu, peu de jours avant, une longue lettre de Paule
et Guy, datée du 12 juin, nous disant que l’A.L.N. leur
demandait de rester, que toutes les garanties étaient
assurées et ils rajoutaient qu’ils ne comprenaient pas ce vent
de panique qui soufflait sur la population européenne et, que
pour eux, il n’était pas question de partir, d’abandonner un
demi-siècle de labeur. Aussitôt, nous adressions en date
du 12 juillet 1962, un télégramme à Paule et Guy
pour connaître la situation réelle. Celui-ci nous a
été retourné par les PTT de Montpellier avec la
mention : « Destinataire absent
». Ce retour ne nous laissait plus aucun doute sur leur sort. Les
nouvelles que nous pouvions recueillir à leur sujet
étaient vagues, diverses et souvent controversées. Aussi,
nous décidions de saisir le ministre des Affaires
algériennes, Louis Joxe, sans succès. Le 30 avril 1963,
nous demandions au consul de France à Tiaret, de bien vouloir
nous donner des renseignements concrets et officiels sur la disparition
de la famille Maruchi. Il nous répondait le 9 mai qu’il
n’avait pu recueillir
jusque-là que des informations subjectives et officieuses sur
cette disparition et il nous conseillait par contre, compte tenu qu’il
s’agissait de faits antérieurs au 1er juillet 1962, de porter
plainte contre X pour enlèvement et séquestration
arbitraire auprès du T.G.I. de Tiaret, ce qui logiquement devait
provoquer l’ouverture d’une enquête officielle, ce que nous avons
fait.
L’instruction de ce dossier a été clôturée
par une ordonnance de non-lieu, délivrée par le juge
d’instruction du tribunal de Tiaret en date de 19 septembre 1963 au
motif : « Auteurs non identifiés ». Malgré
nos multiples interventions, nous n’avons jamais pu obtenir le contenu
de ce dossier, sous prétexte que ses pièces ne nous
étaient d’aucune utilité pour accomplir toutes
démarches d’ordre successoral.
Nous voyions là, une volonté
délibérée des magistrats algériens de nous
cacher la vérité sur ce drame. Cependant, en date du 24
décembre 1963, le tribunal de grande instance de Tiaret,
déclarait les six membres de la famille Maruchi
décédés en date du 21 juin 1962 à
Béni-Maïda. Cette décision découle bien, nous
le supposons, d’une enquête ouverte antérieurement mais,
malgré cela, toutes nos démarches auprès des
autorités compétentes, tant algériennes que
françaises, ont été vaines et nous n’avons jamais
réussi jusqu’à ce jour à obtenir une seule
information sur ce malheur. Il est douloureux de vivre dans l’ignorance
des faits, et de constater l’impuissance et l’incapacité de nos
responsables politiques.
À force d’interventions, aurons-nous la chance de
connaître la vérité un jour ?