Paul Lavallée
Le 25 juin 1962,
Sur la route de Rovigo
Témoignage
de son fils Pierre Lavallée.
Docteur vétérinaire,
inspecteur des Services de l’élevage, responsable de
l’aviculture pour toute l’Algérie, capitaine de réserve,
chevalier de la Légion d’honneur à titre militaire.
Pendant la guerre de 1939-1945, il avait fait notamment la Campagne
d’Italie et avait participé à la bataille de Monte
Cassino avec l’Armée d’Afrique. Disparu le 25 juin 1962
près de Rovigo à l’âge de 55 ans alors qu’il
était en mission. Fonctionnaire à cette époque, il
était directeur des Services vétérinaires de la
Kabylie à Tizi-Ouzou et, en plus, avait été
chargé par le ministère de l’Agriculture de
développer l’aviculture en Algérie. Pour cette raison il
circulait beaucoup. Il était l’un des rares civils
européens à pénétrer au fin fond des
villages kabyles. Il était très estimé de la
population indigène car en développant l’aviculture il
s’occupait de soigner les animaux dans ces villages de montagne
où les gens avaient peu de contact avec les villes. Au cours
d’un déplacement au Centre Professionnel de Rovigo, on
était à 5 jours de l’indépendance de
l’Algérie, il s’est fait arrêter par un barrage d’Arabes
armés tout près de Rovigo. L’employé du Centre qui
était un Arabe et qui l’accompagnait a été
relâché et a pu avertir rapidement le directeur de ce
Centre, Rabah Chellig. Celui-ci à non seulement averti le
gouvernement général à Alger mais aussi le
capitaine d’une compagnie de militaires français stationnant
dans le coin, qui a répondu qu’il ne pouvait rien faire. Il
avait reçu les ordres de ne pas bouger car, à quelques
jours de l’indépendance de l’Algérie, il ne fallait
surtout pas qu’il y ait des incidents. Lorsque nous avions appris la
nouvelle de la disparition de mon père, je me
trouvais avec ma mère et mes
sœurs dans la région parisienne où nous étions
hébergées provisoirement chez une tante. Nous venions
d’arriver. J’ai pu prendre contact avec le ministre des
Rapatriés, M. de Broglie, qui m’a reçu très
gentiment, qui m’a dit qu’il allait essayer de se renseigner mais que,
pendant cette période, il ne pouvait pas faire grand-chose. Peu
de temps après, j’ai repris contact avec M. de Broglie pour lui
faire part d’une information que je venais d’apprendre. Dans la
région de M’Sila il y avait un camp où 200 à 300
Européens étaient internés et que, parmi eux, se
trouvait un vétérinaire ou un docteur. Ce n’était
pas une source sûre mais j’ai demandé au ministre de se
renseigner et de m’aider à revenir en Algérie, car il y
avait encore des militaires français qui auraient pu me couvrir.
Je venais de terminer mon service militaire en Algérie et en
tant que lieutenant de réserve, je pouvais m’intégrer
dans une unité de l’armée française sans trop de
problèmes. Pour ça il m’a dit que ce n’était pas
possible mais qu’il ferait tout pour se renseigner. Après je
n’ai pu avoir de contact qu’avec son chef de cabinet et des
réponses évasives. Concernant ma mère, elle a eu
la chance d’avoir été aidée par cette grande
famille de vétérinaires métropolitains qui ont
tout fait pour atténuer ses souffrances morales et
matérielles. Par la suite, je pense que le ministre a dû
intervenir pour que ma mère puisse obtenir assez rapidement une
pension. Moi, petit à petit, je perdais mes contacts avec
l’Algérie, je n’avais que des bribes d’informations que je ne
pouvais jamais recouper et qui faisaient état de groupes
d’Européens internés dans des camps dans la région
d’Alger ou de Médéa, mais ce n’était jamais
très précis et ces camps changeaient très souvent
de place. C’était vraisemblablement des endroits qui avaient
été occupés par l’armée française
où se trouvaient internés un petit nombre de prisonniers
européens. Depuis, je n’ai jamais su ce qui est arrivé
à mon père.
Paul Lavallée,
55 ans