Yves Couranjou
M. Vergez
M. Demarteau
Dr Boilet
Le 7 juillet 1962,
Sur la route entre Blida et Keroulis
Témoignage
de Jean Couranjou.
Nous avions
appris la disparition de quatre personnes de nos connaissances à
Blida. Voici les noms des personnes, mais nous ne pouvons pas vous
donner des renseignements précis : Yves Couranjou, M. Vergez, un
fils Demarteau, le Dr Boilet.
Yves Couranjou était celui que
nous connaissions le mieux et je vous adresse la lettre que son
père, M. Alain Couranjou, nous avait envoyée depuis
Blida, à la suite de l'enlèvement de son fils. C'est une
lettre très poignante, qui vous fera voir la souffrance de M. et
Mme Couranjou, qui sont décédés depuis quelques
années, sans jamais avoir pu savoir ce que leur fils
était devenu. La France ne les a pas aidés. M. Vergez
était un voisin de Blida, qui demeurait avenue Maginot, juste
à l'angle de la rue du lotissement Fortuné. M. Vergez
était représentant de commerce et avait un fils
prénommé Claude. Un fils Demarteau, très jeune
encore. Sa mère tenait un kiosque de friandises sur la Place
d'Armes de Blida. Cet enlèvement s'est produit après
notre départ de Blida et nous ne pouvons fournir d'autres
renseignements. Le Dr Boilet qui nous avait soignés avant sa
disparition. Parait-il, qu'il avait été appelé
pour un accouchement et n'est jamais revenu. Le Dr Boilet habitait dans
les immeubles près du cimetière de Blida.
... Nous sommes de tout cœur
associés à vos recherches.
Lettre de M.
Alain Couranjou, père du disparu Yves Couranjou.
« Mon cher Charlot, Merci pour ta lettre
trouvée à Clinchant d'où je suis rentré
hier. Oui, le malheur s'est abattu sur nous. Le 7 juillet, ils
m'enlevaient notre Yves avec son auto, sur la route de Blida-Relizane.
Depuis, aucune nouvelle malgré tous mes efforts et
démarches. Je n'ai plus d'espoir. Là-dessus,
Gisèle est encore plus malade qu'avant. Moi, je fais un
début de dépression nerveuse. Il y a de quoi. J'ai pris
une « tape » de 2 millions là-bas, toutes mes
économies (à 52 ans). À Clinchant, c'est
impossible de travailler. L'ALN m'a à peu près tout
réquisitionné (sans décharge) avec mitraillette
sur le ventre à chaque coup, y compris mon parc autos (2 4x4, 1
Jeep Hotchkis, une 2 CV). Ils m'ont fauché mes armes
personnelles et en mon absence. Bref, il ne me reste plus que les yeux
pour pleurer, mais je n'ai plus de larmes. Avant-hier, j'ai
dégagé les derniers Européens de mes services
(énormes, car je suis le dernier des ingénieurs du
département). Ensuite, je suis parti le dernier, malgré
l'interdiction qui m'était faite. Ici cela devient intenable :
réquisitions, pillages, expulsions etc… Heureusement que je suis
auprès de Gisèle. Ce qu'ils racontent dans les journaux,
c'est tout du bluff. Les accords d'Évian sont violés
continuellement. La France nous a abandonnés comme otages ici.
Gisèle et moi, vous embrassons de tout cœur ainsi que les enfants
».
Nom, prénom : Couranjou Yves,
né le 6 ou 7 août 1936 à Alger - bras droit
raccourci - taille : 1,80 m ou plus ; ayant lunettes de vue,
célibataire, profession : directeur de domaine (ferme Raffin)
à Zéralda - ses parents : Alain et Gisèle
Couranjou, 16 avenue de la Marne. Blida. Aujourd'hui
décédés. Enlevé sur le trajet
Blida-Keroulis le 7 juillet 1962. Keroulis est situé à 21
km d’Aïn-Témouchent, 45 km de Sidi-Bel-Abbès, 60 km
d'Oran. Ne pouvant (ligne téléphonique Yves Couranjou
coupée ?) prendre par téléphone conseil de son
oncle qui dirigeait le domaine de Kéroulis, il était
parti le consulter sur place. Il circulait en 203 Peugeot, soit une
berline bleu clair soit, un break gris clair. Il a été
arrêté sur son trajet vraisemblablement par des gens qui
voulaient lui voler sa voiture et ce, dans la région
d'Orléansville Affreville-Relizane.

Yves Couranjou
26 ans