Quelle justice pour les disparus ?

La vérité sur les drames des disparus exige aussi que justice soit rendue aux familles.

Cette justice passe, pour beaucoup, par la reconnaissance des responsabilités de ceux qui ont livré et abandonné à leur sort les populations européennes. Doit-on, plus de quatre décennies après l’indépendance de l’Algérie, laisser seul juge le tribunal de l’histoire ou au contraire la justice de la république et celle des hommes peut-elle faire œuvre de mémoire et de vérité et si oui quels chemins doit-elle emprunter-?

C’est à cette délicate question qu’ont tenté de répondre avocats internationaux et responsables d’associations ayant initié des actions en justice. Pour Bernard Coll, secrétaire général de Jeune Pied Noir, et Me
Emmanuel Altit qui portent les plaintes contre x pour crimes contre l’humanité, enlèvement, séquestration, détention arbitraire de quarante-trois familles de disparus en Algérie en 1962, la réponse est claire : les responsables doivent être poursuivis et la responsabilité de l’État entièrement reconnue.

Table ronde Justice
De Gauche à droite Me M. Arnoux, A. Garay, E. Altit, Ms Coll, Rolando et Sainsot, Mme Cazal   (Photo G. Serrano)


Certes, les chemins procéduraux empruntés ne sont pas des plus simples, eu égard, notamment, aux lois d’amnistie qui entravent l’action en responsabilité. À ce jour, la plainte des familles, dont un grand nombre étaient présentes à Perpignan, n’a pas connu d’aboutissement favorable mais la conviction des plaignants est intacte et ils attendent la décision de la Cour de Cassation. Mais si la conviction qu’une réparation doit obligatoirement passer par une action de justice, les voies empruntées en matière de procédure peuvent différer. C’est le sentiment exprimé par Me Alain Garay, avocat au Barreau de Paris et représentant l’USDIFRA, qui considère que c’est l’Algérie qui doit être mise en cause et ce devant les Nations Unies, au nom des milliers de Pieds-Noirs spoliés. Pour Me Garay, qui pilote cette action devant le Comité des droits de l’homme des Nations-Unies, il s’agit de procéder au contrôle des engagements que l’Algérie a pris en 1999 en approuvant le pacte international des droits civils et politiques et cet appel aux droits constitue pour lui, quarante-deux ans après, le moyen le plus digne et satisfaisant de rendre justice aux milliers de spoliés.

Cette réparation s’inscrit pleinement, selon lui, dans le travail de repentance et de réconciliation de la France et de l’Algérie. Anne Cazal, déléguée généralede VÉRITAS, rappellera, de son côté, avec émotion et concision, les raisons qui ont poussé, il y a quelques années déjà, son association à intenter une action pour crimes contre l’humanité contre le sinistre général Katz surnommé le bourreau d’Oran. Là encore, pour des dizaines de familles d’enlevés et de disparus de la terrible journée du 5-juillet 1962, le général Katz portait aunom de l’État une responsabilité des plus directes dans le drame de nos compatriotes.

Le décès, il y a quelques années maintenant, de l’intéressé devait cependant éteindre l’action intentée. Yves Sainsot, président de l’AN-FANOMA rappela quant à lui, le combat mené depuis longtemps déjà par l’une des plus vieilles associations de rapatriés en faveur des disparus.

Il exprima, tout en affirmant sa conviction en faveur de l’in-contournable reconnaissance de la responsabilité de l’État, que les plaintes en justice devaient être engagées qu’après mûre réflexion pour ne pas bercer d’illusions les familles concernées. Enfin, Me Mercedès Arnoux, Argentine d’origine mais mariée à un Pied-Noir fit, à la demande de Thierry Rolando, animateur de ce débat, une très intéressante intervention relative au drame des disparus argentins et exposa son opinion sur le parallélisme entre les situations des disparus argentins et européens d’Algérie et sur la nécessité de ne pas perdre espoir pour que la justice des hommes soit enfin rendue. Cette table ronde de très haute tenue eut le mérite de montrer aux mille trois cents participants présents que la recherche de la justice si elle peut prendre devant les tribunaux différents chemins procéduraux est avant tout une question de conviction.

Ghislaine Delmond
Retour