Un mot du
31ième congrès
Le trente
et unième congrès du Cercle algérianiste restera,
pour moi qui ai eu la chance d'assister à trente de ces
rencontres, le plus émouvant.Émouvant, d'abord, pour
l'Algérianiste que je suis, par la qualité de son
organisation et l'importance de la participation. En effet, à
l'heure où l'on se plaint de la raréfaction des
participants aux réunions de notre communauté, il
était rassurant de voir ces 1.300 congressistes présents
et parmi eux un nombre non négligeable de jeunes de moins de 40
ans. Et l'étendue des expositions de livres et œuvres d'art
était aussi à la mesure de l'affluence.
Émouvant, ce congrès l'était également par
la chaleur de l'accueil de l'équipe du Cercle de Perpignan et
les relations simples et cordiales entre les personnes
présentes, qu'elles se connaissent ou non. Dans la grande salle,
la communion était totale. Pas une fausse note, pas une
contestation. Et cela aussi était réconfortant pour nous
qui sommes habitués à devoir affronter les critiques et
l'incompréhension lorsqu'il s'agit d'évoquer notre
passé algérien. Mais, émouvantes, ces
journées l'étaient surtout, pour le simple Pied-Noir, par
le thème abordé, celui des disparus, et par la
façon dont il fut évoqué. La présence d'une
quarantaine de familles concernées par ce drame, leurs
témoignages bouleversants, la qualité des films
présentés et des scènes de théâtre,
la dignité, la sensibilité et le professionnalisme de
l'animation des tables rondes ainsi que la pertinence du choix des
intervenants et leur honnêteté intellectuelle venaient
rehausser encore cette évocation de nos disparus. Et, pour
couronner le tout, c'est un grand moment d'émotion que nous
avons vécu ensemble avec la plantation de ce magnifique «
arbre des Disparus » au cœur de Perpignan, de cet olivier
tricentenaire dont les racines puiseront désormais leur force
dans la terre d'Algérie pieusement déposée
à son pied. Aux réactions des familles, nous avons pu
mesurer combien il était essentiel pour elles de disposer
désormais d'un lieu où elles pourront venir se recueillir
au moment où d'autres le feront sur les tombes de leurs morts.
En assistant à cette cérémonie, une idée
m'est venue : « Pourquoi ne pas planter un arbre des Disparus,
avec, à côté, une petite stèle ou une plaque
explicative, dans chacune des villes où existe un Cercle
algérianiste? ». Au-delà du geste en direction des
proches de personnes disparues, ce serait aussi une façon de
rappeler aux passants de toutes sortes le martyre des Pieds-Noirs aux
derniers jours de l'Algérie française et de mettre en
œuvre publiquement ce devoir de mémoire qui nous est si cher.
Enfin, s'il
fallait, au-delà de l'émotion, attribuer un autre
qualificatif à ce trente et unième congrès, ce
serait celui de la maturité : celle du Cercle
algérianiste et de ses dirigeants, qui, sans dissimuler leurs
convictions ni leurs sentiments, ont prouvé qu'ils savaient
désormais aborder avec une parfaite maîtrise et sans
passion excessive les thèmes les plus sensibles. Maturité
aussi dans la qualité des moyens mis en œuvre, l'organisation,
le respect des horaires et, enfin, les relations avec les
médias. J'entends dire chaque année qu'il sera difficile
de faire mieux la prochaine fois. Eh bien, le Cercle
algérianiste a montré, une fois de plus, que
c'était possible. Alors, vivement le trente-deuxième
congrès-!
Maurice
Calmein