5 juillet 2008 à Perpignan
: plus de 800 personnes se recueillent au Mémorial des Disparus
En présence
des autorités civiles et religieuses, de très nombreuses
associations des anciens départements français
d’Algérie, amicales de villes et villages, anciens de
lycées et collèges d’Algérie et les Cercles
algérianistes ont rendu hommage aux Disparus.
Ils sont arrivés par groupes,
parfois seuls, souvent appuyés à un bras, à une
canne, dans la difficile descente qui conduit au couvent de
Sainte-Claire, à ce Mur dédié aux Disparus en
Algérie, Français de toutes origines, inauguré
à Perpignan le 25 novembre 2007.
Plusieurs centaines. Beaucoup encore
regardaient vers l'intérieur : un regard qui ne trompe pas, un
regard qui laisse apparaître, au fond des yeux, l'image, le
visage du disparu. Le nom au bord des lèvres, le cœur au bout
des doigts.
Et dans la foule, des jeunes, des
petits-fils et des petites-filles. De ceux qui ne connaissent des
victimes que des photos jaunies et griffées, de l'oncle qu'ils
ne verront jamais, de la grand-mère qu'ils n'ont pas connue. Eux
reprennent le flambeau de la mémoire, la mémoire des 2
614 noms gravés, la mémoire de ceux, par milliers, qu'on
appelle Harkis.
Dans son message, la
présidente Suzy Simon-Nicaise, entourée par des
représentants des enfants de Disparus et de Harkis, a
particulièrement évoqué l'atroce journée du
5 juillet 1962 à Oran. « 16 802 jours » depuis
« le terrible carnage dans toute la ville, un compteur qui, pour
leurs familles, ne s’arrêtera hélas ! jamais ». Elle
a évoqué cette « chasse à l'Européen,
sauvage, systématique », ces longs cortèges de
prisonniers « vers le commissariat central, le Petit Lac, la
Ville Nouvelle », vers la mort. Elle a rappelé le
déchirant « Ne bougez pas » du président de
la République d'alors, il s'appelait De Gaulle, au
général Katz qui commandait dans la ville 18 000 soldats,
inutiles, ou presque. « Nul ne saura jamais le bilan exact du
massacre. Sans doute près de 2000 pour cette seule
journée » de folie meurtrière, pour ce terrible
« Ne bougez pas ».
En l'absence du maire de la ville,
Jean-Marc Pujol, son premier adjoint, a réitéré
son soutien et sa sympathie. En présence de Mme le
député Jacqueline Irlès et de M. Jean Sol,
conseiller général, Mgr Marceau, évêque du
diocèse d'Elne et de Perpignan a délivré, avec
gravité et douceur, un message de compassion et a associé
toutes les victimes disparues dans sa prière, reprise avec
ferveur par une grande partie de l'assistance. Le pasteur Gaudelet,
absent, avait prié M. Marceau de l’associer à ses
prières.
Ils étaient quelque 800 qui,
après une impressionnante minute de silence, après le
défilé recueilli des associations, nombreuses, ayant tenu
à déposer une gerbe au pied du mémorial et de son
symbole au cœur arraché, sont venus apporter une fleur,
pieusement cueillie dans leur jardin ou constituer un parterre de
tournesols, à la recherche de la lumière, de la
quête éclatante de la vérité qui n'oublie
pas.
Suzy Simon-Nicaise l’a
souligné : « ce tombeau symbolique, ce lieu de
recueillement », ce fut, dans la ferveur, un témoignage,
un hommage, une communion, un partage, un souvenir, adressé
à tous ceux, de tous âges, sexes, origines, confessions
qui, « un certain jour d'une certaine année, entre 1954 et
1963, en Algérie, ne sont pas revenus chez eux, ne sont jamais
revenus… ».
Yves Sarthe