Le Mémorial des Disparus, un an
déjà, et après ?
S’il y a un moment qui était
attendu par les nombreuses familles de disparus et tous ceux qui
avaient participé à l’inauguration en novembre 2007
à Perpignan du Mémorial national des Disparus
d’Algérie, c’était bien celui de la projection du film de
cette inoubliable journée.
En ce dimanche matin, dans les
deux auditoriums pleins à craquer du Palais des Congrès
de Saint-Raphaël débutait cette projection par une
séquence de dix-huit minutes rappelant les temps forts de cette
inauguration (extraits du DVD de cet événement), puis
suivaient vingt témoignages inédits de familles de
Disparus.
Réalisées en
collaboration avec les cercles algérianistes locaux au printemps
et pendant l’été 2008 à Perpignan,
Aix-en-Provence, Marseille et Toulouse, ces interviews s’inscrivent
dans le cadre d’une vaste étude entreprise depuis
décembre 2007 par le Cercle de Perpignan.
À l’issue de la
projection de ce film dont la durée ramenée à une
heure a empêché la diffusion intégrale des
témoignages déjà recueillis, une brève
intervention m’a permis de présenter l’essentiel de cette
étude, faire le point sur la vie du Mémorial et celle du
Centre de documentation de la présence française en
Algérie.
L’étude a pour objet de
témoigner de l’existence de ceux et celles qui ont
été brutalement arrachés aux leurs, leur redonner
leur place totale et entière dans la société
d’alors et permettre la mise à jour de données
inédites tant sur les zones géographiques où ces
enlèvements ont été opérés, que sur
les périodes où ils sont intervenus, les classes sociales
touchées, les classes d’âge, etc. Le groupe
d’études et de recherches de Perpignan a considéré
comme essentiel de pouvoir associer à chacun des patronymes
inscrits sur le Mémorial, une photo, une date de naissance, un
lieu, des origines, un environnement familial, professionnel, social,
associatif, etc., ainsi que les circonstances, la date de la
disparition et les conséquences pour la famille tant
psychologiques que matérielles.
Six administrateurs du Cercle
de Perpignan, répartis en deux groupes, dont les missions sont
complémentaires, composent cette « Commission des Disparus
». Yves Sarthe, Jean-Claude Rosso, Renée
Ivanès-Chalancon, Raphaël Passarelli ont en charge la
collecte auprès des familles des renseignements et pièces
administratives. Paul Dumazert et Suzy Simon-Nicaise réalisent
les interviews. L’étude des données recueillies est
coordonnée par Yves Sarthe et Suzy Simon-Nicaise. Il est
prévu la publication des résultats de ce travail fin 2010
sous la forme d’un recueil qui regroupera les données
statistiques et des témoignages esquissant l’histoire
d’êtres humains qui, sans le Mémorial et cette
étude conjointe, auraient pu sombrer dans l’oubli de l’Histoire.
Actuellement, la création d’un
site internet dédié spécifiquement aux
Français disparus en Algérie (1954-1963) fait l’objet
d’une étude. Sur ce site seront publiés les informations
d’ordre général ainsi que lettres, témoignages,
récits, pour lesquels les familles auront donné leur
accord de publication.
Pour ce qui est du
Mémorial, depuis fin mars 2008, la visite accompagnée
n’est seulement possible qu’un vendredi après-midi tous les
quinze jours en raison des importants travaux de restauration du
couvent Sainte-Claire qui doit accueillir le futur Centre de la
présence française en Algérie. Depuis neuf mois
sont venus s’y recueillir plus de 360 individuels, seize groupes
(environ 750 personnes) dont certains ont aussi visité l’actuel
Musée de l’Algérie française et le Centre de
Documentation et de Culture Algérianiste, auxquels il convient
d’ajouter les 900 personnes présentes le 5 juillet 2008 lors de
la commémoration des massacres d’Oran, (pour connaître le
calendrier des visites et prendre
rendez-vous : Cercle
algérianiste de Perpignan : Tél. : 04 68 35 51 09 tous
les mardis et mercredis après-midi).
Enfin, le Centre de
Documentation et Culture algérianiste, en attendant son
installation dans les locaux du couvent Sainte-Claire, voit son
activité s’amplifier. De très nombreux dons continuent
régulièrement à venir enrichir le fonds existant.
Ces dons, inventoriés et placés dans les locaux
sécurisés du Cercle algérianiste, ont
été cette année encore ouverts à des
chercheurs et plus encore, ils ont permis à l’équipe
perpignanaise de contribuer à des publications, de
réaliser des expositions, des films, comme par exemple celui
consacré à Jean Brune et Albert Camus
présenté au congrès de Saint-Raphaël dont
l’élaboration s’est faite à partir de nos archives et
notamment des documents originaux du fonds Jean Brune.
À Saint-Raphaël,
je concluais mon intervention par un nouvel appel à tous les
congressistes et leurs amis pour qu’ils transmettent au Cercle
algérianiste leurs documents et objets constitutifs de la
mémoire de l’Algérie française, certaine
d’être entendue par tous ceux qui considèrent comme moi
que c’est l’exploitation de nos archives par des équipes
sincères de Français d’Algérie et d’historiens
honnêtes qui permettra la poursuite et l’amplification du travail
de vérité auquel tous les Algérianistes et plus
généralement tous les Français d’Algérie
sont viscéralement attachés.
Suzy Simon-Nicaise