Acte de
mémoire
Les
peuples ne perdent la vie que lorsqu'ils perdent la mémoire
» disait Foch. Nous faisons pleinement nôtre, cette maxime.
Oui, nous
voulons faire acte de mémoire car nous croyons en nos racines,
en notre histoire, en ce que nous avons été.
Nous nous
souvenons que, frappés par l'injustice et victimes de l'abandon,
tout s'arrêta pour nous il y a quarante‑deux ans
déjà.
Oui, nous
nous souvenons que pour nombre de nos compatriotes qui, après
avoir laissé là‑bas les souvenirs d'enfance, la
mémoire familiale, jusqu'aux tombes des plus proches, la vie
s'est apparentée à un bateau qui chavire et qu'ils ne
purent surmonter les moments de colère, de détresse et de
désespoir. Que chaque instant fut une macération de
souvenirs, un refus de vivre.
Qu'au
drame de l'arrachement ces compatriotes vécurent
l'indicible douleur de la perte brutale d'un être cher, disparu
à toutjamais en Algérie. Oui, nous portons le
témoignage de ce drame trop longtemps ignoré,
occulté et bien souvent supporté dans un silence
douloureux par des milliers de familles éprouvées par la
vie, éprouvées par la mort. Des familles qui,
quarante‑deux ans après notre exode et parfois pour la
première fois, témoignent de leur douleur, de la
béance du souvenir, de leur vie brisée, de leur
incessante quête de vérité, de leurs
démarches sans lendemain, de leur volonté aussi de lutter
contre l'oubli. Quarante‑deux ans de silence, de négation
du drame, de vie amputée d'être cher.
C'est en
leur mémoire et pour eux que nous portons témoignage.
Nous sommes, aujourd'hui comme hier, à leurs
côtés car nous ne saurions oublier qu'avec ces disparus,
c'est bien une part de nous‑mêmes que nous avons
laissée sur cette terre d'Algérie que nous aimions
tant.
Thierry Rolando
Président national du Cercle Algérianiste