ARCADY CIRCUS
« L’Année de
l’Algérie » nous avait refabriqué l’Histoire,
l’espace d’une
année et d’innombrables manifestations, en lui infligeant
quelques outrages
: l’Algérie Française n’avait jamais existé….et
les Français d’Algérie étaient
une race inconnue, évoquée seulement par des esprits
nostalgiques et rétrogrades,
indignes d’exister encore. Cela se confirma lors des
cérémonies du 15 Aout
commémorant le débarquement sur les cotes de Provence,
lorsque nous pûmes
constater que l’Armée d’Afrique, qui avait fait le boulot et
compté ses morts,
ne recélait dans ses rangs rien qui ressemblât
à un Pied Noir….Et puis soudain
on s’est souvenu de quelque chose, en découvrant qu’il existait
des cimetières
« là-bas »…c’est que, bien sur, les morts sont
moins encombrants que les
vivants…mais puisque ces vivants existent encore, on doit pouvoir en
tirer
quelque chose…alors, pas fou, notre ami Arcady a troussé une
comédie musicale,
les « Enfants du soleil », créée à
Marseille ( avec force subventions locales..)
Imaginez un grand bidule dans un
décor de music-hall, lumières fluo et strass-laser,
le grand jeu, censé représenter l’exode des populations
d’Algérie fuyant
l’indépendance du pays en 1962 . Musiques appropriées ,
c’est-à-dire pleines
d’entrain ( on danse sur notre Exodus pendant la traversée !
) et notre
Exodus s’appelle le Kairouan, orthographié Querrouan par
les intellectuels
de Nice-Matin…pour le haut niveau des textes, voici un court extrait
d’une
chanson à nombreux couplets, dont je vous garantis
l’authenticité :
Vois comme elle me regarde
Notre Dame de la Garde
N’en sois jamais jalouse
Notre Dame de Santa Cruz
Plus débile tu meurs ! mais
quand il s’agit de nous faire passer pour des
attardés rien n’est trop fort ….pour le ton
général on a compris : tout
le monde il est beau, tout le monde il est content , on est bien triste
mais
tout ça va s’arranger vous allez voir, d’ailleurs l’arabe tombe
amoureux
de la juive, ou peut-être l’inverse, on ne sait pas très
bien tant on est
ému… bref ça s’écoute le mouchoir à la main
( le prix d’entrée y est un peu
pour quelque chose ! ). Evidemment ce Pied Noir qui n’est ni juif ni
musulman
gâche un peu l’événement
( la presse le décrit comme
« bien propre sur lui »…), mais on égratigne
un peu le Général, ça fait toujours plaisir, et le
tour est joué…Notre Dame
de la Garde, tu m’as pris dans tes bras !
C’est tellement génial que
pour l’occasion un avion charter a été
frété pour
une soirée exceptionnelle amenant à pied d’œuvre toute la
pègre des soirées
parisiennes. Ils ont tous pu
constater que la population
du pays à l’époque se composait de trois parties
égales : les Juifs, les
Arabes et les Français . Comme ça, pas de jaloux !
Ca ruisselle de nostalgie
en chromo, d’amours impossibles, de chansonnettes du genre cité
plus haut
et à la fin on plie bagages bien contents d’avoir
été « rapatriés »……..
La Presse, évidemment, ne
tarit pas d’éloges. Ils sont heureux, les plumitifs,
de savoir qu’il n’y a pas eu de « drame algérien » !
Mais pour les victimes
de l’affaire, qu’en penser : qu’ Alexandre Arcady est sans doute le
premier
à avoir fait de la tragédie d’un peuple une
comédie musicale. Et les acteurs
et victimes de cette tragédie, qu’il insulte impunément,
sont pour la plupart
encore vivants , certains étant même venus l’applaudir
tant il est vrai que
Jupiter rend fous ceux qu’il veut perdre….
On suggère à ce
talentueux auteur quelques autres thèmes porteurs : le
génocide
arménien, par exemple, ferait à Marseille un excellent
sujet d’Opéra Bouffe
avec égorgements en série sur un air de tango, ou, mieux
encore, la bataille
de Verdun : Je suis sur que le ballet des veuves de guerre dans leurs
voiles
noirs, dansant le cha-cha-cha sur les ruines du fort de Douaumont,
ça, ça
ferait un tabac ! et puis l’argent n’a pas de couleur……….
M.LAGROT
Responsable CVR
18 oct.2004