Naturellement, on entend
abondance de témoignages : trois Français
d’Algérie dont les récits tronqués ne sont retenus
que pour la partie répression… puis de nombreux insurgés
plus inventifs les uns que les autres, les fameux fours à chaux,
inventés soixante ans après l’événement,
qui appartenaient, cela va de soi, à un « riche colon
» ; la femme qui raconte que, lors du rassemblement de l’Aman sur
une plage, après le retour du calme, des avions les bombardaient
(plus invraisemblable tu meurs !). Et bien d’autres affabulations du
même tonneau. En revanche, pas un mot sur le caractère
atroce et la sauvagerie bestiale des émeutiers, les mutilations,
les viols collectifs et les tortures commis à l’encontre des
malheureux Européens dont le sort est à peine
évoqué. Un seul exemple de la malhonnêteté
du commentaire : présentant très fugitivement la photo du
secrétaire local du PC dont les avant-bras avaient
été sectionnés à la hache sur une table de
café par les émeutiers, le commentateur sussurre qu’il a
eu les mains broyées dans la confusion… Un fâcheux
accident, en somme !
L’origine de la répression est présentée dans ce
singulier document par le fait que les émeutiers
réclamaient l’indépendance de leur pays… comme si les
assassinats commis lors de la manifestation de Sétif comptaient
pour rien dans l’action des forces de l’ordre, et que ces
dernières réprimaient, en somme, un simple délit
d’opinion !
En outre, à aucun moment il n’est fait mention de la fureur des
émeutiers, de leur fanatisme religieux qui les pousse à
la chasse aux chrétiens, ni de la nécessité de ces
derniers, fils de pionniers, de s’armer pour se défendre. Aucun
de ces éléments n’est pris en compte par le caricatural
« historien » auteur du commentaire, manifestement
incapable de saisir les rapports complexes entre les
communautés, comme si toute approche sensible et humaine de
l’histoire lui était étrangère : le propre du
dogmatisme marxiste, et aussi la marque d’une profonde ignorance… On
est loin de Taine ou de Bainville !
Prudent, le commentateur ne fournit pas le chiffre de la
répression, et ne mentionne, pour les tués
européens, que ceux de Sétif ville, pour les minorer.
Cependant, il laisse entendre que l’armée aurait fait au moins
10 000 morts, chiffre totalement invraisemblable. Il ne s’étonne
pas de la présence sur les lieux d’un agent des services secrets
britanniques ayant fourni des chiffres hautement fantaisistes à
son ambassade, et passe sous silence les chiffres de la
répression judiciaire : sur 99 condamnations à mort,
seules 22 furent exécutées, et les autres condamnations
furent amnistiées un an après les crimes… mais on
s’indigne à chaque phrase de la « férocité
» de la répression ! Notons aussi que le film reste muet
sur le fait que les populations insurgées sont exactement les
mêmes qui, de nos jours, sont en rébellion constante et
souvent armée contre le pouvoir du FLN. Coïncidence ?
Travestir l’Histoire, ce doit être ce qu’on appelle à
France 2 une « ligne éditoriale ».
M.Lagrot
Responsables
CVR
Hyères le 22/5/2008