L’humeur
froissée
du
président Bouteflika
Dans sa relation avec l’Algérie du FLN, la France aura dû
faire face, depuis 1962, à de nombreuses crises, supporter
d’innombrables provocations, accepter les sautes d’humeur et les
susceptibilités d’un régime toujours prompt à
masquer sa propre incurie en mettant en avant le chantage à la
mémoire, couplet maintes fois utilisé mais jamais
épuisé. Il nous faut bien reconnaître qu’en ce
début d’année 2010, l’Algérie qui vient de nous
resservir son éternel refrain a frappé fort. Elle vient
certes d’exiger à nouveau, dans une logorrhée
pseudo-révolutionnaire, son lot d’excuses pour les
supposées abominations découlant de la présence
française en Algérie, qualifiées même de
génocide, mais est allée plus loin cette fois-ci, en
menaçant d’adopter une loi aussi revancharde qu’absurde,
criminalisant cette même colonisation.
L’initiative de 125 députés algériens
affidés du pouvoir, visant à proposer une loi de
condamnation de la présence française en Algérie
et proposant de juger les acteurs de cette même présence,
ne trompera personne car rien ne se fait en Algérie sans l’aval
de la présidence.
Alors comment expliquer ce nouvel accès de fièvre
anti-colonial : il semblerait que l’hôte d’El Mouradia ait eu
l’humeur froissée dans sa relation avec la France. Paré
de ses 90,4 % de voix à l’élection présidentielle,
ce qui le place devant certains des despotes les plus titrés
d’Afrique, tels le sinistre Mugabé ou le Soudanais Hassan El
Béchir, réélus respectivement avec 85 et 86 % des
suffrages seulement, le président Bouteflika ne semble supporter
aucune contrariété et n’aime la France que quand elle
s’aplatit. « L’humeur du président c’est la doctrine du
gouvernement », précise un observateur algérien.
« Bouteflika est le sabre et nous devons tourner autour de lui
» disait Chérif Belkacem, autre cacique du FLN. Et son
humeur n’est pas au beau fixe : l’affaire des moines de
Tibhérine, la question des visas, notre relation
privilégiée avec le Maroc, le trop lent parcours à
son goût de la repentance, tout ceci est dur à supporter
pour notre homme, qui a tenu à nouveau à montrer de quel
bois il se chauffait en nous ressortant son vieux refrain
anticolonialiste. Précisons toutefois que le président
Bouteflika, aux dires même de certains observateurs
algériens, est capable, au gré des circonstances, dans
cette affaire de repentance, et en fonction de ses
intérêts, de tenir un discours qui peut passer de la plus
grande des indignations envers le préjudice colonial, à
la plus béate des indulgences, ce qui à l’évidence
en dit long sur sa conviction intime. Alors me direz-vous, et la France
dans tout cela ? Et bien, sa réaction est conforme à la
politique qu’elle a toujours menée vis-à-vis de
l’Algérie et qui se résume à une ligne de conduite
: ne pas froisser l’Algérie et son maître, tout tenter
pour renouer les fils, quel que soit le degré d’abaissement.
L’envoi en catastrophe, à Alger, du secrétaire
général de l’Élysée, Claude Guéant,
les déclarations sirupeuses de nos ministres, Bernard Kouchner
en tête, ne souhaitant pas commenter les initiatives d’un
Parlement étranger, même quand celles-ci sont insultantes
pour la France, le silence assourdissant de l’Élysée, et
la volonté de notre président de maintenir le projet
d’une visite d’État en France du président Bouteflika, en
sont les déplorables traductions.
Que beaucoup de Français se sentent, à juste raison,
blessés par ces inacceptables provocations algériennes
d’un autre temps, que les Pieds-Noirs et les Harkis se sentent
insultés par les propos de ceux qui ont été leurs
bourreaux et qui, aujourd’hui, seraient prêts à traduire
ces mêmes Pieds-Noirs et Harkis devant les tribunaux
algériens, qu’ils se sentent abandonnés par un pouvoir
qui a fait pourtant de la non-repentance la pierre angulaire de son
élection, semblent peu de choses au regard de la
nécessité d’être, à n’importe quel prix,
l’ami du pouvoir algérien.
Seuls comptent l’apaisement et la quiétude du président
Bouteflika qui, n’en doutons pas un seul instant, s’il lui prenait
l’envie de répondre favorablement à l’invitation du
gouvernement français, bénéficierait de nouvelles
déclarations repentantes de la France.
Alors Monsieur le président de la République, que
pouvons-nous vous conseiller modestement, nous Pieds-Noirs qui aimons
l’Algérie et qui connaissons mieux que d’autres les
Algériens. C’est sans doute de ne pas brader, dans votre
dialogue avec ce pays, l’honneur de la France, de ne pas vendre
l’honneur de ceux qui ont servi la France Outre-mer pour quelques
implantations d’entreprises françaises en Algérie, de ne
pas tout céder à un régime corrompu et
vieillissant dont les Algériens, dans leur immense
majorité, souhaitent se débarrasser. En deux mots, nous
vous suggérons d’être fidèle à vos
engagements, à ceux que vous avez pris à Toulon lorsque
vous avez célébré, avant votre élection,
l’œuvre de la France en Algérie, et réaffirmé le
refus de toute repentance.
Thierry Rolando
président national du Cercle algérianiste