Bouteflika
ou l’éternel retour
90,24 % des voix, oui ! ce score en
forme de plébiscite à l’albanaise, aurait-on pu dire en
d’autres temps, est bien celui obtenu par l’indétrônable
Abdelaziz Bouteflika, qui va présider pour la troisième
fois aux destinées de l’Algérie.
Quel est donc le
mystère de cette longévité exceptionnelle qui nous
laisse à penser que le temps s’est figé en Algérie
? Comment apprécier une telle adhésion populaire, un tel
amour porté par le peuple algérien à son
président pour lui offrir, sur un plateau, ce troisième
mandat, lui qui n’avait obtenu, si l’on peut dire, que 83 % en 2004.
Malheureusement pour les Algériens, la recette mitonnée
par le président Bouteflika, qui n’a pas oublié les
leçons de son ancien mentor Houari Boumedienne, n’a rien
d’original et tient en deux mots : « tripatouillage
électoral» et « verrouillage constitutionnel».
Le premier ingrédient
retenu par le pensionnaire d’El-Mouradia pour parvenir à ses
fins, est bien évidemment de se tailler une constitution sur
mesure lui permettant de s’affranchir de la règle, exigeant
qu’un président ne puisse accomplir plus de deux mandats. Cet
obstacle fut aisément franchi grâce à la
complicité du Parlement croupion algérien, ouvrant toutes
grandes à Abdelaziz Bouteflika, les portes de la
présidence à vie. Le deuxième étage de la
fusée est le contrôle de son opposition.
Dans ce domaine, le FLN est
passé maître, allant même jusqu’à
créer et financer les partis d’opposition. Cette
stratégie fut illustrée brillamment lors de
l’élection présidentielle puisque la dizaine de candidats
ayant affronté le sortant, était composée pour
l’essentiel, d’affidés du pouvoir. C’est avec
intérêt que l’on notera ainsi que la candidate
arrivée en seconde position, obtint le score royal de 4,22 %.
Enfin, troisième recette, le bourrage des urnes. Alors
même que tous les observateurs dignes de foi s’accordaient
à reconnaître une absention massive, le taux de
participation devait s’afficher à 74,54 %. Voilà, le tour
était joué. L’ineffable Bouteflika, l’homme qui ne se
prive jamais de donner des leçons de morale à la France,
rempilait sous les vivats de ses partisans.
Impassible et peu
étouffé par les scrupules, M. Bouteflika devait saluer le
sens civique du peuple algérien et la confiance précieuse
qu’il lui a témoignés. « Il s’agit
véritablement d’une leçon éloquente de la
démocratie », devait même déclarer la radio
d’état. Cet exercice de haute volée valait bien que le
président Sarkozy adresse ses chaleureuses et amicales
félicitations à son homologue algérien.
Thierry Rolando