Y a-t-il encore un droit à
l’expression de la mémoire pied-noire ?
Dans
ce choc des mémoires, des expressions mémorielles de la
guerre d’Algérie si souvent décrites par les
historiens attitrés de cette période, il nous semblait,
quarante-quatre ans après notre dramatique exode, que tous les
parcours, toutes les souffrances avaient un égal droit de
cité.
Certes, nous savions depuis longtemps
déjà que, parmi tous les drames vécus, certains
aux yeux de nos élites médiatiques et universitaires
étaient sans doute plus acceptables que d’autres, en somme plus
politiquement corrects : en témoigne ainsi la
multiplicité d’hommages publics, d’études universitaires,
d’ouvrages et de documentaires autour de la manifestation du FLN
à Paris, le 17 octobre 1961 et a contrario le silence toujours
assourdissant et entretenu sur la fusillade de la rue d’Isly ou les
massacres du 5 juillet 1962 à Oran.
Mais ce que beaucoup d’entre nous ne
pouvions sans doute imaginer, c’est qu’un nouveau pas allait être
franchi, nous conduisant du silence et de l’omission à la
négation de nos souffrances, puis à l’exigence de
l’interdiction de commémorer nos drames et d’honorer nos
victimes.
Alors même que se multiplient
les hommages à Paris comme à Alger en faveur des porteurs
de valise de sinistre mémoire ou des terroristes FLN tels
Maurice Audin, ceux-là même à l’origine de ces
manifestations souhaiteraient nous condamner au silence avec en
arrière plan l’idée que toute expression de la
mémoire des Français d’Algérie résonne
comme une provocation pour Alger et est donc attentatoire aux
chances d’une amitié entre la France et l’Algérie,
amitié si savamment entretenue, comme on le sait, par
Abdelaziz Bouteflika.
C’est ainsi que, depuis quelque temps
déjà, certains groupes de pression
droits-de-l’hommistes au premier rang desquels le MRAP et la
Ligue des droits de l’homme ont entrepris d’exiger des pouvoirs publics
l’interdiction de toute manifestation, fut-elle d’ordre
privé, rendant hommage à l’œuvre des Français
d’Algérie, à leurs martyrs, à leurs victimes.
C’est
dans cet esprit que furent interdits: l’hommage de Marignane aux morts
de l’Algérie française, puis, le 5 juillet dernier,
la cérémonie de ravivage de la flamme à
l’Arc-de-Triomphe en hommage aux disparus, manifestation pourtant
autorisée dans un premier temps par l’État.
Mais ces lobbys revanchards et
nostalgiques viennent de franchir un nouveau pas dans l’ignominie,
n’hésitant pas à insulter la mémoire de milliers
de nos disparus, en exigeant aux côtés du PCF, de la
Ligue communiste et d’autres groupuscules d’extrême-gauche, la
suppression du mur destiné à rendre hommage
à Perpignan aux milliers de victimes enlevées et
assassinées par le FLN, comme si cette vérité ne
devait pas apparaître au grand jour.
Pour faire bonne mesure, ces
mouvements prétendant agir au nom des droits de l’homme et
qui pétitionnent en si sulfureuse compagnie, exigent aussi de
l’État et des mairies concernées l’interdiction du Centre
algérianiste de l’œuvre française en Algérie de
Perpignan. Ils souhaiteraient le voir transférer à une
fondation franco-algérienne dont on imagine bien volontiers le
prisme idéologique. Ils veulent également interdire le
Mémorial d’Outre-mer de Marseille élaboré pourtant
par des historiens pour la plupart connus pour leur hostilité
à l’égard des Pieds-Noirs.
Si le propos n’était pas
triste, on pourrait légitimement s’interroger sur le droit de
nos compatriotes à se retrouver encore autour de
sympathiques méchouis qui risquent désormais, eux aussi,
de passer aux yeux de nos détracteurs pour des rassemblements
séditieux, à la gloire de l’OAS.
Alors, bien sûr, que nos amis
se rassurent, le Cercle algérianiste ne cédera en rien
à ces lobbys haineux et n’acceptera pas le diktat imposé.
Il est en revanche de notre devoir
à tous, le moment venu à Perpignan, en 2007, lors de
l’inauguration du Mémorial des Disparus, de nous
mobiliser, de mobiliser tous les démocrates et ceux épris
de justice et d’équité pour dénoncer le sectarisme
et l’intolérance, dénoncer aussi les agissements de ceux
qui, sans le dire, ravivent le racisme anti-Pieds-Noirs au nom sans
doute de l’amitié entre les peuples et surtout de montrer que
nous n’avons rien oublié en rendant un légitime hommage
aux disparus.
C’est à nouveau pour l’honneur
de notre communauté que nous, Pieds-Noirs, nous ferons face
à nouveau.
Thierry Rolando
président
national du Cercle algérianiste