De l’amitié à la
repentance
Ainsi contre vents et marées, le principe semble acquis,
l’idée retenue par le président de la République,
la France signera un traité d’amitié avec
l’Algérie. Cette annonce a provoqué chez nombre de nos
compatriotes, de vives interrogations ainsi qu’une légitime
émotion liée non pas tant au principe même de la
signature d’un tel traité, mais plutôt aux contours qui
pourraient être le sien tant en effet l’opacité et le
mystère demeurent toujours quant à sa finalité. Et
cette crainte, que n’ont pas apaisée, loin s’en faut en
l’absence de toute parole officielle, les échos de la presse
tant française qu’algérienne, porte un nom qui
résonne pour nous sinistrement : repentance unilatérale.
Force est de reconnaître, en effet, qu’en dépit des
dénégations affirmées en haut lieu et des propos
rassurants sur le fait que la repentance ne saurait être la
pierre de soutènement d’un futur traité, la jurisprudence
récente ne plaide pas, un tant soit peu, en faveur de cette
thèse et fait que notre scepticisme est loin d’être
infondé.
Jugeons-en donc. À Sétif, il y a quelques mois, la
France, par la voix de son ambassadeur en Algérie, a reconnu la
tragédie inexcusable qui s’y est déroulée en 1945
en omettant de souligner le fait générateur de ces
dramatiques événements, à savoir le massacre de
plus d’une centaine d’Européens. L’Algérie ne s’y est pas
trompée, qui a bien cru percevoir dans cet acte « les
frémissements des prémices d’une courageuse
reconnaissance par l’État français des atrocités
commises en Algérie ». À Madagascar, quelques
semaines plus tard, le président de la République
dénonçait, quant à lui, « le
caractère inique des répressions engendrées par
les dérives du système colonial », repentance a
minima notaient les observateurs, mais repentance tout de même.
Et puis, comment oublier le lourd silence du chef de l’État face
aux outrances et aux insultes renouvelées du président
algérien Bouteflika, celui-là même qui trouve
à son goût les hôpitaux militaires français,
plaçant chaque jour davantage, toujours plus haute, la barre de
la provocation jusqu’à atteindre le sommet de l’ignominie avec
son inacceptable comparaison entre la présence française
en Algérie et l’occupation nazie.
La seule réponse officielle vint du ministre Muselier
déclarant, à Alger : « chacun s’exprime comme il
croit devoir s’exprimer ».
Enfin, force est de le constater, le chef de l’État n’a pas fait
preuve d’une volonté inaltérable pour défendre la
loi portant reconnaissance de la Nation en faveur des Français
rapatriés du 23 février 2005 dont l’abrogation est
exigée, non seulement, par les lobbies communautaristes, mais
également par Abdelaziz Bouteflika au mépris de toutes
les règles de non-ingérence dans les affaires d’un autre
État.
Cette dernière exigence n’a pas rencontré d’opposition
ferme de la France mais seulement la réponse tiède du
ministre des Affaires étrangères, M. Douste-Blazy,
annonçant la création d’une Commission mixte
d’universitaires franco-algériens chargée, en quelque
sorte, de dire la vérité.
Quant au ministre de l’Éducation M. de Robien, il s’est
contenté de déclarer que la loi du 23 février 2005
ne changerait rien pour les manuels scolaires et qu’en fait, elle ne
serait pas appliquée. Tout ceci est bien ce que l’on appelle un
faisceau d’indices concordants qui nous porte à penser que le
risque existe vraiment.
À cela, nous répondons que la repentance
française, qu’elle soit ou non unilatérale, ne peut
être le prélude nécessaire à une
véritable amitié avec l’Algérie qui
conditionnerait celle semblable des responsables algériens.
En effet, chacun sait que si les mauvaises consciences
françaises sont légion, les mauvaises consciences
algériennes se sont rarement exprimées et, que l’on
sache, aucune tentative de réévaluation de l’histoire
officielle n’a été entreprise du côté
d’Alger.
Si ces mauvaises consciences continuent de proliférer en France
celles de l’Algérie demeurent bien cachées dans
l’opacité des discours officiels.
Oui, l’amitié ne se décrète pas et le chemin de la
réconciliation entre la France et l’Algérie que nous
appelons de nos vœux, exige le respect mutuel et que chacun accomplisse
sa part de vérité. C’est à cette condition que la
France et l’Algérie pourront signer un traité, gage d’une
réelle amitié. Et puis, si nous élargissons le
champ de notre réflexion nous pouvons légitimement nous
interroger sur la nature profonde de cette amitié.
Est celle qui
consiste depuis plus de six mois de dérapages, d’insultes,
d’outrances, à accabler votre ami en le comparant à un
occupant nazi, en le traitant de négationniste et de
révisionniste ?
Était-ce celle qui consiste à réaffirmer, comme
l’a récemment fait le ministre de l’Agriculture algérien,
M. Barkat, « que les enfants de Harkis ne seront les bienvenus en
Algérie que lorsqu’ils auront dénoncé les crimes
de leurs parents ? ».
Était-ce celle, encore, qui consiste à refuser toute
réconciliation avec « les traîtres, les Harkis et
les Pieds-Noirs » comme l’a proclamé le secrétaire
général du sinistre FLN ?
Était-ce enfin, celle qui consiste à exiger de la France
qu’elle reconnaisse, selon les paroles du président Bouteflika,
qu’elle a tué et exterminé de 1830 à 1962 en
faisant de la repentance unilatérale un préalable
à tout acte d’amitié ?
Pour nous cela est clair, l’amitié sur ces bases n’a aucun sens
et les conditions ne sont à l’évidence pas remplies pour
la signature d’un tel traité. Alors s’il y a quand même
traité, il est non moins clair que nous serons vigilants et
exigeants pour que :
- celui-ci ne laisse pas dans l’ombre le drame vécu et les
crimes subis par des dizaines de milliers de nos compatriotes harkis
qui n’envisageaient d’autre avenir qu’avec la France en laquelle ils
avaient confiance et ont payé un lourd tribut à cette
fidélité ;
- que celui-ci ne rejette pas dans l’oubli l’exode de toute une
population livrée à la fureur des nouveaux
conquérants et les massacres et les enlèvements de
milliers de Pieds-Noirs.
Si la France s’engageait dans la voie de cette omission nul doute que
cela provoquerait une blessure irréparable pour toute une
communauté déjà meurtrie et résonnerait
pour elle comme une insupportable provocation annihilant tous les
efforts entrepris pour reconnaître l’œuvre qui a
été la sienne. Cela aurait pour signification,
également, de trahir la mémoire de tous les anciens
combattants qui ont fait leur devoir en Algérie, ont servi la
France dans l’honneur et pour beaucoup y ont laissé leur vie. Si
le chef de l’État estime devoir encore faire un pas
supplémentaire en direction de l’Algérie, il ne saurait
le faire sans ignorer toutes les souffrances et sans associer dans le
souvenir tous les drames et toutes les victimes.
Le devoir de mémoire et de vérité exige donc, M.
le président de la République, que la France ne se livre
pas à un exercice d’autoflagellation supplémentaire car
la vérité historique ne peut reposer sur une vision
hémiplégique de l’histoire. La France et les
Français d’Algérie qui ont fait par milliers le sacrifice
de leur vie pour contribuer au développement d’un pays, auquel
ils étaient charnellement attachés, n’ont pas à
rougir de l’œuvre accomplie outre-mer.
C’est la raison pour laquelle, M. le Président de la
République, nous vous invitons au moment
où vous apposerez votre signature au bas de ce traité,
à vous inspirer de ces quelques mots, de ces quelques phrases :
« Pacification : mise en valeur des territoires, diffusion de
l’enseignement, fondation d’une médecine moderne,
création d’institutions administratives et juridiques,
voilà autant de traces de cette œuvre incontestable à
laquelle la présence française a contribué (…).
Traces matérielles, certes, mais aussi apport intellectuel,
spirituel, culturel (…). Aussi, plus de trente ans après le
retour en métropole de ces Français, il convient de
rappeler l’importance et la richesse de l’œuvre que la France a
accomplie là-bas et dont elle est fière (…). Les uns et
les autres ont mérité les honneurs de la Mémoire
».
Nous sommes convaincus que vous ne sauriez les renier puisqu’elles
furent prononcées par un certain Jacques Chirac le 11 novembre
1996. Si tel n’était pas le cas, nous n’aurions d’autre
ressource que d’exercer le moment venu notre devoir de mémoire.
Thierry Rolando
président national du Cercle algérianiste