admiration, la plus respectueuse sympathie pour
ces colons qui, au milieu de conditions si difficiles, ayant à
lutter non seulement contre le climat, mais contre la lenteur, la
routine, l'incohérence des mesures administratives tenus en
défiance et trop souvent abandonnés sinon combattus
par l'autorité qui aurait dû les protéger; n'ayant
pour les défendre ni journaux, ni représentants; qui
En 1900, une loi restreignait la pratique de la
chaptalisation. Elle était renforcée trois ans plus tard,
mais la fraude se poursuivait à grande échelle et en
toute impunité (13). La surproduction et la mévente
engendraient la misère et la ruine des petits viticulteurs
métropolitains. Les « frères
de misère » du Midi de la France
réclamaient le «
droit à la vie »
et s'en prenaient à la « fertile colonie algérienne ».
Des comités de défense se formaient dans le Languedoc et
exigeaient la taxation des vins d'Algérie, la
démission des élus; ils ordonnaient la grève
des impôts et le sabotage des administrations. « Les viticulteurs algériens sont des
travailleurs comme nous, exposés aux mêmes
mécomptes, aux mêmes intempéries des saisons, aux
mêmes voleries des hommes, victimes des mêmes
méfaits. Notre cause est celle de tous les vignerons sans
exception, de tous ceux qui produisent du vin naturel. Or, des
vignerons, des producteurs de vin naturel, il y en a beaucoup.
Puisse-t-il même n'y avoir que de ceux-là en
Algérie. Notre devoir est donc de les accueillir dans nos rangs,
qu'ils soient les bienvenus. Ils demandent ce que nous demandons; ils
veulent ce que nous voulons. Que la misère cesse, que le
vigneron puisse vivre en exploitant ses vignes; que l'ouvrier viticole
puisse manger à sa faim en travaillant toute l'année Et
pour cela, que faut-il ? Que les vins se vendent à un prix
rémunérateur. Cela se peut-il?.... Oui. Que demain le
législateur le veuille et les lois qui nous
étranglent se transforment en lois
libératrices. Que demain le Gouvernement prenne
résolument notre cause en mains et ce sont les Chambres
entraînées et nous rendant justice; c'est le vin de la
vigne qui reconquiert ses droits naturels, c'est la hideuse fraude qui
disparaît; c'est la misère qui cesse de nous
étreindre; c'est l'espérance qui renaît; c'est la
paix. Mais si le vin ne se vend pas, si nous sommes abandonnés,
si demain c'est encore la famine, c'est en
désespérés que nous agirons. Et si on nous accule
à la guerre, ce sera la guerre sans délais ni
répits et les moutons deviendront des loups. Nous ne sommes
pas des égoïstes. Nous n'avons aucun prétexte pour
éloigner de nous les Algériens qui ont les mêmes
aspirations, les mêmes détresses, même
drapeau que nous. Nous sommes des vignerons, des ouvriers
agricoles; c’est avec notre bon sens d'ouvriers et de vignerons que
nous parlons; les mobiles qui peuvent guider d'autres classes que
la notre, à l'égard des Algériens, nous les
ignorons. Nous avons formé le bloc de la misère
formidable que rien ne pourra entamer, qui ira droit au but et
duquel nous n’avons le droit d'exclure aucun de ceux qui souffrent pour
les mêmes causes que nous. Il se peut qu'il y ait dans le monde
commercial des gens ayant intérêt à parler et
à penser autrement; nous savons par expérience que
l'accord n'est pas toujours parfait entre les vignerons et les
commerçants puisque les intérêts des uns sont
forcément opposés à ceux des autres. Si les
représentants plus ou moins qualifiés du commerce
des vins on des griefs à faire valoir contre la viticulture
algérienne, nous n’avons pas à en connaître, nous,
vignerons, qui ne devons voir dans les vignerons algériens que
des frères affligés à qui nous tendons la
main ».Marcelin Albert ![]() |