|
Khoulafa, sur le territoire de la commune de Djedid (arrondissement de Tiaret) était située dans une zone céréalière. Des familles d'origine européenne et des familles musulmanes cohabitaient. Parmi ces dernières, celles de ben Khalache et de Aïssa Lakhal, possédaient jusqu'à une centaine de troupeaux de moutons chacune. C'était de grands éleveurs et de véritables " seigneurs " dans la région. En complément de l'article d'André Lebert " L'Achaba " (l'algérianiste n° 74, juin 1996), il nous livre son expérience. TranshumanceEn septembre, les troupeaux de moutons qui étaient venus, dès les premières chaleurs de l'été, pacager dans les chaumes des Hauts Plateaux repartaient au Sud pour y passer l'hiver. Le "Sud" était la région située au-delà de la zone cultivée. Les bergers ramenaient les bêtes vers ces régions désertiques, où poussait une herbe plus ou moins dense, suivant l'importance des pluies. On trouvait aussi le " chikh " et l'alfa. Le chikh était une espèce de thym très parfumé. Les moutons qui broutaient ces herbes étaient très appréciés par les acheteurs car leur viande était savoureuse. Donc, le troupeau partait en transhumance, accompagné par le berger qui guidait ses bêtes vers des pâturages toujours identiques d'année en année. Cette petite caravane parcourait cent cinquante à deux cents kilomètres par étapes de trente à quarante kilomètres par jour. Elle était composée d'un chameau transportant la " guitoune " tente familiale, de deux ou trois ânes qui épargnaient les fatigues du chemin aux femmes et aux enfants, et du maître, monté à cheval, qui dirigeait l'ensemble. Au retour dans leur zone de parcours saharienne, septembre, octobre, novembre étaient rythmés par les mêmes tâches quotidiennes : départ le matin, retour le soir à proximité du campement. Là, le berger regroupait le troupeau et s'informait auprès de son fils de l'état des bêtes et du pâturage. Souvent, il allait lui-même se rendre compte de la qualité des herbages. Puis arrivait le temps de l'agnelage, vers fin novembre ou début décembre. Le travail devenait alors plus sérieux. Les agneaux nouveau-nés étaient gardés dans la guitoune alors que les mères partaient aux pâturages. Le soir à l'arrivée du troupeau, un concert de bêlements se déclenchait à deux cents mètres du campement; les mères accouraient rejoindre leurs petits qui bêlaient aussi en attendant le moment de téter. C'était un spectacle extraordinaire de voir chaque brebis reconnaître son petit sans erreur possible. Si, par mégarde, un agneau se trompait de mère, celle-ci le rejetait aussitôt.
C'était aussi le moment de la traite des brebis. Les femmes du berger (elles étaient souvent deux, parce que le travail de la traite l'exigeait) regroupaient les brebis liées têtes contre têtes par une corde pour pouvoir effectuer la traite. Ensuite, elles les relâchaient pour que l'agneau puisse avoir son dû. Au mois de mai, les grosses chaleurs arrivant, la période de la tonte débutait. C'était un moment attendu par les bergers. Ils recrutaient deux ou trois ouvriers habitués à ce genre de travail. Souvent une compétition s'établissait entre eux pour déterminer lequel était le plus rapide et le plus adroit. Lorsque la tonte était terminée, les ballots de laine composés des toisons étaient acheminés vers les centres de vente. Paul Gomez N.D.L.R. : la végétation steppique à la lisière de l'Atlas saharien comportait notamment In l'Algérianiste n° 93 de mars 2001 |