La part
de l'Ardèche à
la mise en valeur de l'Algérie
La
conquête de l'Algérie n'a pas été le fait
unique des militaires. Son prolongement pacifique, la colonisation, a
rassemblé des éléments fort divers dont les
provinces françaises ont constitué une partie très
importante. Nous commençons aujourd'hui une étude sur la
participation des régions françaises à cette
grande aventure et nous invitons tous nos lecteurs et amis à
nous aider en nous envoyant tous les documents qui pourraient
servir à mieux connaître cet aspect de notre histoire
.
La colonisation de l'Algérie
intéresse le département de l'Ardèche qui a fourni
un important contingent de départs. Ceux-ci s'échelonnent
sur une très longue période. Il est intéressant de
savoir en quelles régions d'Algérie ce mouvement s'est
produit, afin de mieux suivre les aléas de la colonisation.
Une étude exhaustive des fonds
d'archives départementaux permet un éclairage nouveau,
mais leur va-leur documentaire reste bien inférieur à
celles des archives d'outre-mer d'Aix-en-Provence, où demandes
de renseignements, feuilles de soumission, titres de concession
provisoires puis définitifs, états des lotissements
concédés, constituent de précieux
éléments (1).
Pour le moment, nos
principales sources sont des actes de concession de terrains, des avis
de villages à lotir, des notes de renseignements émanant
du Gouvernement général de l'Algérie et transmises
à la préfecture de l'Ardèche et aux
sous-préfectures. Nous trouvons également des demandes de
passages gratuits, de Marseille à Alger, principalement, avec la
réponse des autorités compétentes et enfin un
certain nombre de déchéances (2).
Quelle est l'origine
géographique des colons ? Dès le Second Empire, la plus
grande partie proviennent de l'arrondissement de Largentière,
donc du sud-ouest du département de l'Ardèche. Celui de
Privas vient ensuite, avec prédominance très
marquée des communes méridionales qui constituent la
limite départementale du sud-est, jusqu'au Rhône.
L'arrondissement septentrional de Tournon n'offre guère de
demandes, sauf, et dans une assez faible mesure, dans la région
montagneuse des Boutières, à l'ouest. Si l'arrondissement
de Privas ne présente qu'un contingent de moyenne importance,
limité surtout aux communes rhodaniennes assez peuplées,
celui de Largentière révèle toutes les conditions
requises pour l'émigration, densité de population assez
forte pour un sol aride, crise économique d'une
particulière gravité, puisqu'elle affecte les deux
productions essentielles, la sériciculture et, à partir
de 1878, la vigne, les ravages du phylloxera rendant précaire la
situation matérielle de tous les petits propriétaires.
Le Second Empire et le
début de la Troisième République sont
particulièrement durs pour le département. Dès la
crise économique de 1847, et les mauvaises récoltes qui
suivent, la situation devient désastreuse, d'autant plus que les
coutumes locales, en fait d'héritage, n'arrangent rien. Le
paysan donne à celui de ses enfants qu'il juge le plus apte le
quart en sus dont la loi lui permet de disposer. Le
bénéficiaire n'est pas forcément
l'aîné. Excellente dans son principe, cette coutume n'en
est pas moins cause d'abus. Trop souvent, établir un «
aîné », c'est tout donner à un seul, en
frustrant les autres enfants ; mais les aînés sont souvent
victimes de l'usage, et obligés d'hypothéquer leurs biens
pour payer la part de leurs cadets et tombent sous la coupe des
prêteurs d'argent. De plus, la crise des années 1850 a
obéré plus d'un patrimoine. De 1850 à 1870, la
propriété dans le bas Vivarais, c'est-à-dire dans
l'arrondissement de Largentière et dans une partie de celui de
Privas, a perdu en moyenne les deux cinquièmes de sa valeur (3).
Un sous-préfet de
Largentière, Eugène Villard tentait à la fin de la
Deuxième République d'analyser les mécanismes de
la crise dans son arrondissement, et à propos de la dette
hypothécaire, il écrivait : « Tout ce qu'il est
permis d'affirmer, c'est qu'en cas d'une liquidation forcée, les
frais de justice prélevés, cette dette absorberait le
prix des immeubles sur lesquels elle est établie.» (4)
Ajoutons à cela
l'impossibilité de faire face aux intérêts de la
dette et sans doute trouvons-nous une des causes essentielles de
l'émigration.
Les départs ne se sont
pas effectués de façon anarchique. Ils ont obéi
à des prescriptions administratives. Les garanties morales et
matérielles, exigées des candidats à la
colonisation, deviennent de plus en plus impératives. Les
maires, à la demande des préfets et sous-préfets,
doivent formuler leur avis sur la personnalité des postulants et
leur moralité. Dans certains cas, des rapports de gendarmerie
sont requis. Ces renseignements sont d'ailleurs nécessaires pour
l'obtention des passeports d'indigents. Cette dernière
formalité apparaît fréquemment entre 1852 et 1870,
pour disparaître presque complètement par la suite. Ainsi,
en date du 22 décembre 1857, la sous-préfecture de
Largentière adresse une demande de passeport d'indigent avec
secours de route formulée par la demoiselle Marie Mollier, de la
commune de Balazuc, qui désire se rendre à Oran. Une
lettre du maire de la localité, jointe au dossier, donne en
marge le signalement de la requérante, âgée de
vingt-trois ans, et qui obtient le secours de route.
L'assurance du travail promis
à l'arrivée constitue la meilleure garantie pour une
administration qui ne veut pas voir se multiplier les échecs,
mais souvent la modicité des ressources requiert un secours de
route. Quelquefois aussi, les demandes d'autorisation de passage
gratuit et de passeports d'indigents sont provoquées par des
sinistres. Ainsi, en mai 1863, Augustin Breysse, de Mazan, bottier et
qui déclare avoir de l'ouvrage à Orléansville,
désire le passage gratuit, car, écrit-il, « il n'a
pas le moyen de payer le passage par suite des pertes
éprouvées », il est marié et père de
deux enfants, de six et deux ans. La demande reçoit un avis
favorable.
Il en est de même de la
demande de Placide-Pierre Chabert, teinturier à Viviers,
né à Pierrelatte, dans la Drôme, quarante-huit ans,
père de quatre enfants, entre quinze et vingt-cinq ans. Une
lettre du maire de Viviers expose la situation de l'impétrant :
« Ayant perdu, par l'inondation du Rhône, tout son
matériel et ses drogues, sans ressource pour se remplacer (sic),
n'ayant pour tout avoir que sa petite maison
détériorée et dans le bas quartier de la ville, il
désirerait se rendre en AIgérie auprès de son
frère Pierre, maire de Mouzaya, qui l'appelle auprès de
lui pour le secourir. Il désire le secours de Viviers à
Marseille.»
D'anciens militaires
obtiennent également le passage avec secours de route, Victor
Chabert, de Largentière, maréchal-ferrant, ancien
artilleur, vient de recevoir du ministre de la Guerre un passage
gratuit avec sa femme, de Marseille à Oran, mais sollicite
également un secours de route, de Largentière à
Marseille. Sa requête est appuyée par l'adjoint au maire,
qui, dans une lettre au préfet de l'Ardèche, donne
quelques indications sur ce qu'un colon pouvait emporter avec lui, s'il
désirait continuer d'exercer sa profession
outre-Méditerranée : « Pour se rendre de
Largentière à Marseille, tous ses outils, enclume, divers
marteaux et autres nécessaires à sa profession, pesant au
moins 150 kg, outre les ustensiles et autres effets de ménage,
lui occasionneront des frais de transport très
élevés pour un pauvre ouvrier qui cherche d'aller en
Algérie manger un pain honorable (sic). Dans cette position,
l'exposant vient supplier Monsieur le Préfet de vouloir bien lui
faire accorder un secours de route de Largentière à
Marseille, pour pouvoir accomplir son désir sus-dit. »
Le postulant joint une lettre
et explique qu'après avoir servi dans l'artillerie et
exercé la profession de maréchal-ferrant, il avait pu
acquérir quelques connaissances sur l'art
vétérinaire.
D'autres actes mentionnent des
noms de personnages notables de la colonisation. Un garde forestier de
Saint-Thomé, au nord-ouest de Viviers, François Briand,
est appelé en Algérie en qualité de garde
particulier, chez le baron de Vialar, propriétaire à
Béni-Messous, près d'Alger.
Le 21 septembre 1856, le
colonel Marengo, vétéran des guerres de l'Empire et
premier maire de Douéra, certifie que le sieur Cappone,
propriétaire à Saint-Ferdinand, promet du travail
à Auguste Rieu, trente-quatre ans, de Largentière,
où il possède un peu de terres, et prie les
autorités de bien vouloir lui accorder le passage pour
l'Algérie, ainsi qu'à sa famille, composée de sa
femme, de ses trois enfants et de son beau-père Victor Chabert
(5).
Une seule mention de religieux
est relevée. En août 1855, André Arsac,
frère des Écoles chrétiennes, de la commune de
Saint-Barthélémy-le-Pin, près de Lamastre, dans
l'arrondissement de Tournon, instituteur à Constantine,
autorisé à venir en France pour se rendre auprès
de sa famille, demande une autorisation de passage gratuit en
Algérie, pour retourner à son poste. La demande, qui est
agréée est accompagnée d'une attestation du
vicaire général, revêtue des sceaux de
l'évêché d'Alger et de l'église
N.-D.-des-Sept-Douleurs de Constantine.
Les documents se
raréfient à partir de 1860 et jusqu'en 1875. Faut-il
rapprocher cette carence des oscillations des dix dernières
années du Second Empire, lorsque le pouvoir semble
privilégier la colonisation par grandes sociétés,
sans préjudice des conséquences de la formule du «
royaume arabe » ? Nous nous contentons de poser la question.
L'amiral de Gueydon, de 1871 à 1873, le général
Chanzy, de 1873 à 1879, les deux premiers gouverneurs
généraux civils, donnent une vive impulsion à la
colonisation, stimulée par l'arrivée des Alsaciens et
Lorrains après 1871 et aussi par de nombreux viticulteurs
méridionaux victimes des ravages du phylloxera. Les offres de
concessions sont faites par le service des Renseignements
généraux du Gouvernement général de
l'Algérie, sis à Paris, 11, rue Le Peletier, qui publie
un Bulletin hebdomadaire. Ce service possède des correspondants
départementaux soucieux d'exposer l'état des concessions
de terre.
Pendant la campagne agricole
du 1er septembre 1876 au 30 août 1877, l'exemple d'une
localité de Kabylie permet quelques remarques
intéressantes. Bordj-Boghni est situé à 14
kilomètres de Dra-El-Mizan, sur la route de ce centre à
Fort-National (6). On y trouve cinquante-cinq feux et cinq fermes
isolées. Des précisions suivent sur le climat, les
ressources, l'implantation humaine près de ce village en
formation.
Dès le début de
la colonisation de la Kabylie des demandes sont formulées. Le 25
août 1858, une autorisation est accordée à Pierre
Plante-vin, d'Aubenas. Il part avec sa femme, son jeune enfant et son
frère. Etienne Jouve, un tailleur de pierres, également
d'Aubenas, établi en Kabylie depuis plusieurs années,
donc certainement l'un des tout premiers Français arrivés
à la suite des troupes de Randon, doit lui donner du travail.
A partir de 1880, un nombre
important de requêtes intéressent les centres de
Mékla et d'Azazga (7). Toutefois, pour le second, les
déchéances sont nombreuses. Très curieusement, sur
vingt-trois déchus relevés sur une liste de trente-trois
attributaires ardéchois, treize sont originaires de la
même commune et celle-ci avait fourni quinze demandes
d'attribution affectées au seul centre d'Azazga. Les
déchéances, on l'a vu, étaient prononcées
lorsque le concessionnaire ne pouvait ou ne voulait résider sur
les terres qui lui étaient allouées. Souvent, la maladie
contractée au moment de l'installation l'empêchait de
satisfaire à ses obligations et il préférait
renoncer. Les cas tragiques n'étaient pas rares. Nous en
trouvons un dans une lettre envoyée par la préfecture de
Constantine. Le conseiller chargé de la colonisation s'adresse
au sous-préfet de Largentière : « Par lettre
du 12 octobre dernier, M. le maire de Chambonnas m'a demandé
quelle était la situation pécuniaire du sieur
Jean-Pellet, concessionnaire à Bordj-R'Dir,
décédé le 28 septembre 1882 à
l'hôpital de Sétif et, notamment, s'il a laissé
dans sa concession quelques récoltes... J'ai l'honneur de vous
prier de faire connaître à M. le maire de Chambonnas qu'en
ce qui concerne la situation pécuniaire du défunt, les
renseignements qui m'ont été fournis par
l'autorité locale, établissent qu'il n'a laissé
à El-Anasser, ni à Bordj-R'Dir aucun objet immobilier ni
aucune somme d'argent. Quant aux récoltes, le sieur Pellet
n'ayant été mis en possession de son lot que le 23 mai
dernier, la concession qui lui a été accordée
avait été louée avant son arrivée en
Algérie. Or, suivant une décision de M. le gouverneur
général, les colons mis en possession après le 1er
avril n'ont droit qu'à la moitié du produit net de leur
concession. Par suite, il revient au sieur Pellet environ cinq quintaux
d'orge et deux de blé qui sont encore détenus par
l'indigène qui a cultivé le lot qui lui avait
été attribué. »
La colonisation ne saurait
être étudiée avec des « lunettes roses
», quelles que soient les garanties de l'Administration, pourtant
réelles. Ainsi, le 2 janvier 1879, le préfet de
l'Ardèche, Henri Gravier, adresse une circulaire aux maires de
son département. Il s'agit toujours d'instructions relatives aux
demandes de concessions de terres. Parfois, les maires eux-mêmes
demandent les directives nécessaires. C'est le cas, le 18
février 1899, de celui de Dompnac, commune de l'arrondissement
de Largentière ; il sollicite le programme de colonisation de
l'année. La lettre est transmise au directeur des Renseignements
généraux sur l'Algérie. La réponse
précise le rôle important du correspondant
départemental. Pour rendre plus efficace sa propagande, il doit
être mis le plus tôt possible en possession d'une notice
à transmettre à chaque commune de son département,
et qui mentionnera les centres à peupler ou à agrandir.
De Paris, le 20 mars 1899, vient une note à l'intention du
correspondant départemental à Privas : « En
réponse à sa communication, j'ai l'honneur de faire
connaître à M. le correspondant que, le nouveau programme
de colonisation n'étant pas encore parvenu, je ne suis pas en
mesure d'en mettre des exemplaires à sa disposition, mais il ne
me sera pas possible de lui en envoyer 339 comme il le demande, ayant
à en pourvoir de nombreux départements. Le Bulletin
hebdomadaire devant insérer ce programme dès son
apparition, il pourra être ainsi en partie suppléé
à cette insuffisance. »
Parfois, le maire met le
préfet en garde contre de fausses déclarations d'avoir.
Le Gouvernement général se charge aussi du rappel des
règles édictées. Ainsi les personnes trop
âgées sont écartées comme n'étant pas
en état de faire valoir elles-mêmes une
propriété rurale où tout est à
créer. En 1892, une demande d'un entrepreneur de travaux publics
de Montpezat, dans l'arrondissement de Largentière, ne peut
recevoir de suite favorable, les concessions sont
réservées aux cultivateurs de profession.
Toutefois, des
dérogations sont possibles, si l'on en juge par l'exemple
d'Henri-Auguste Cornet, instituteur public à Saint-Alban-d'Ay
dans l'arrondissement de Tournon. Le 12 novembre 1900, l'instituteur
adresse, par l'intermédiaire du correspondant un dossier complet
très soigneusement rempli. Il précise que le maire de
Saint-Alban n'a pas cru devoir lui délivrer le certificat
exigé de crainte qu'il ne puisse vivre en Algérie avec sa
famille et il poursuit ainsi : « Je vous prie bien de croire que
nous regrettons vivement de ne pouvoir aller coloniser notre nouvelle
France et de faire œuvre civilisatrice et patriotique. Et
peut-être bien qu'avec nos modestes moyens et mon peu
d'instruction, j'aurais pu encore rendre quelques services à
notre pays dans cette bonne Algérie.»
La feuille de renseignements
réglementaire qui indique la date de naissance — 1859 — du
requérant, celles de son épouse et de ses quatre enfants,
de dix à un an, mentionne aussi, selon les prescriptions, les
ressources pécuniaires. Cette précision est
particulièrement intéressante, puisqu'elle concerne une
profession relevée dans aucun autre dossier.
« Nous avons 400 francs
en valeur immédiatement réalisables, 1.000 francs sur une
propriété et rien en matériel agricole. Mais je
possède les aptitudes indispensables à l'exploitation
d'une concession. »
Aussi, le 21 septembre 1901,
après un avis, cette fois ci favorable du maire de
Saint-Alban-d'Ay, le correspondant estime qu'il y a lieu d'accueillir
très favorablement la demande : « Indépendamment de
sa qualité d'instituteur, M. Cornet connaît fort bien
l'agriculture. Il peut faire un excellent colon et mettre un lot en
valeur. »
Deux exemples donnent un
aperçu des ressources déclarées par les candidats
à la colonisation. Le sieur M..., de la commune de
Laboule-et-Valos, dans l'arrondissement de Largentière, affirme
: « Je possède pour une somme de 3.000 F environ de
propriétés, 500 F de bétail, dont 22 moutons, 3
chèvres et un porc, 1.500 F d'argent placé chez des
propriétaires, ainsi que 300 F en espèces. »
Un cordonnier de Payzac, dans
le même arrondissement, Alphonse C., voit, comme le
précédent, sa demande transmise avec avis favorable pour
le centre d'Horace-Vernet, en Kabylie. Il déclare
posséder « une somme de 10.030 F en billets de banque,
pièces et billets à ordre, plus une
propriété y compris une maison d'habitation. »
A partir de 1880, hormis la
Kabylie, les concessions sont surtout attribuées dans la plaine
du Cheliff, à la faveur de l'agrandissement des centres de
Carnot et de Kherba. Autour de 1885 et dans les dernières
années du siècle, elles sont nombreuses en Kabylie
orientale, dans la vallée de la Soummam. Lorsque les lots de
colonisation se raréfient, elles sont reportées surtout
vers le Sersou, sans disparaître complètement de la
Kabylie et de la plaine du Cheliff.
Dès les
premières années de ce siècle, le gouverneur
général informe les préfets qu'il ne reste plus de
concession disponible en Algérie que dans certains centres,
Sersou surtout, Constantinois à la limite des hauts plateaux. En
mars 1907, il est fait mention de deux centres dans le
département d'Alger, cinq dans celui d'Oran et un dans celui de
Constantine. Les lotissements sont rapides puisqu'en août de la
même année ne subsistent que trois centres du Sersou, un
dans l'Algérois et deux en Oranie. Trois nouveaux, il est vrai,
sont signalés dans le Constantinois. Au lendemain
immédiat de la Première Guerre mondiale, les zones
inscrites au programme de colonisation se trouvent encore
localisées aux hauts plateaux et à la Kabylie. Pour cette
dernière région, nous décelons des lots
d'agrandissement situés autour de la commune d'Horace-Vernet,
où des postulants ardéchois avaient déjà
obtenu des concessions autour de 1900. Il ne semble pas que les
nouveaux colons, originaires des communes de Dompnac et des Assions,
dans l'arrondissement de Largentière, aient vu leurs efforts
couronnés de succès. Ils ont dû renoncer et se
fixer ailleurs, comme leurs devanciers. Le lotissement du centre n'a
donné que de maigres résultats.
Les démarches
entreprises obéissent aux mêmes règlements,
à quelques nuances près. Ainsi, en juillet 1919, un avis
favorable est donné à la requête de M. Marius
Mesclon des Assions, mais ses titres ne seront examinés qu'au
moment de la création des centres qui seront portés au
programme de l'année. Il en est de même pour un habitant
de Sanilhac, dans l'arrondissement de Largentière.
Il serait intéressant
d'établir une comparaison avec d'autres départements qui
ont fourni un nombre plus ou moins important de colonisateurs. Cette
fidélité ardéchoise à
l'établissement outre-mer ne se dément pas, même
à l'extrême fin de la colonisation, au lendemain de la
Première Guerre mondiale. En est-il de même d'autres
provinces ? Nous répondons par l'affirmative pour l'Alsace et la
partie de la Lorraine annexées en 1871, mais de fructueuses
recherches pourraient être entreprises. Nous pensons aux
départements de la bordure méridionale du Massif Central,
comme le Tarn et l'Aveyron, qui partagent précisément
avec l'Ardèche les premières places pour l'installation
en Algérie (8).
Pierre GOURINARD.
Cet article a paru pour l'essentiel
dans la Revue du Vivarais, tome LXXI n° 2 avril-juin 1969, n°
618. Nous remercions M. l'abbé André d'avoir bien voulu
en autoriser la reproduction.
(1)Nous avons utilisé
essentiellement la série M des Archives départementales
de l'Ardèche (dossiers non cotés en 1969) et nous avons
procédé à quelques sondages dans les séries
L et M des Archives d'outre-mer d'Aix-en-Provence, afin de
compléter quelques données de l'article initial.
(2)Les déchéances
étalent prononcées lorsque le concessionnaire ne pouvait
ou ne voulait résider sur les terres qui lui étaient
allouées. La série M des Archives départementales
de l'Ardèche comprend essentiellement les listes nominatives des
déchéances. Les dossiers qui indiquent les raisons,
abandon volontaire ou défaut de résidence, se trouvent
aux Archives d'outre-mer d'Aix-en-Provence.
(3)Voir à ce sujet : Docteur
Francus (pseudonyme d'Albin Mazon) : Voyage autour de Valgorge, Privas,
1878, réédition à Aubenas en 1967, pp 234 à
265.
(4)Eugène Villard : Situation
des intérêts agricoles dans l'arrondissement de
Largentière, 1852.
(5)Le colonel Marengo se nommait
lui-même Cappone. Existait-il un lien de parenté avec ce
propriétaire du Sahel ?
(6)Par le suite, Bordj-Boghni,
habituellement nommé Boghni.
(7)Pour Mékla et Azazga, voir
Archives d'outre-mer, Aix -en-Provence, séries L et M. Cette
dernière contient les dossiers des concessionnaires. Le choix
d'Azazga fut-il favorisé par les conseils d'un
sous-préfet? Il nous a été impossible de
vérifier l'authenticité de cette allégation
transmise dans notre famille. Ce fonctionnaire avait-Il exercé
en Ardèche ou en Kabylie ?
(8)De précieuses indications
sur l'origine des colons sont fournies par la thèse de M. Xavier
Yacono, sur la colonisation dans le Cheliff et dans celle de M. Pierre
Bozon, la vie rurale en Vivarais, Valence 1961. Cette dernière
traite exclusivement des émigrants ardéchois.
In
l’Algérianiste n° 5 de mars 1979