Les Vannes Automatiques
Au sommet du barrage, le déversoir
est équipé de cinq portes métalliques qui
retiennent encore l'eau du lac sur une hauteur de 4 mètres
: ce sont les vannes automatiques. Elles évacuent le surplus
des crues de la rivière et des torrents du bassin de réception
et peuvent maintenir la hauteur d'eau à un niveau constant
La largeur disponible de l'ensemble des cinq vannes au total est,
de 55920 mètres soit
- 3 vannes de 10,20 mètres
- 1 vanne de 12 mètres
- 1 vanne de 12,60 mètres
L'étanchéité est réalisée par
la poussée de l'eau sur des joints, en cuir formant clapets
sur les surfaces de frottement et sur le sommet du déversoir
elle est remarquable pour les dimensions en cause, les fuites
sont extrêmement rares et insignifiantes puisque le petit
bassin formé par le barrage et le contre-barrage n'est
jamais plein.
L'ouverture des vannes dans un mouvement vertical est automatique
ou commandée par l'homme, individuelle ou simultanée
pour les cinq portes Dans le fonctionnement automatique les vannes
s'ouvrent soit individuellement, soit d'un même mouvement
actionnées par la poussée hydrostatique sur des
flotteurs. Le mouvement vertical des flotteurs est transmis à
la porte, dans le même sens, par un système de bras
de leviers qui démultiplie et rend le déplacement
très doux. Chaque vanne est équipée de deux
flotteurs en béton d'un volume de sept mètres cubes
; théoriquement elles sont équilibrées pour
une immersion des flotteurs à 50%, ce qui donne pour chacune
d'elle une poussée de 7 000 kilogrammes. La chambre des
flotteurs reçoit et évacue l'eau par des petites
vannes qui débouchent sur les faces amont et aval du barrage.
Vannes automatiques fermées, la chambre est vide et les
flotteurs reposent sur le fond pour les ouvrir, il suffit d'admettre
l'eau dans la chambre des flotteurs, l'ouverture est alors fonction
du niveau d'eau admis ; le déplacement de ces flotteurs
est guidé dans leur couloir par des montants en bois fixés
au mur de béton et servant de glissières
Les cinq vannes permettent un débit de 1400 mètres
cubes/seconde à 5 mètres d'ouverture, soit une évacuation
rapide des surplus, même pour de très fortes crues
; d'autre part, le système de vases communicants qui agit
sur les vannes établit une relation très précise
entre le niveau d'eau dans le lac et leur hauteur d'ouverture.
Même lorsque l'eau du lac n'atteint pas le niveau du déversoir
ces vannes sont conques pour fonctionner avec le système
hydrostatique, ce qui permet des révisions ou réparation
en été. Ce fonctionnement peut être obtenu
jusqu'à la côte 178, soit pour un niveau situé
à 7,75 mètres sous la côte du déversoir.
L'ouverture peut être commandée à la main
; chaque vanne est équipée de deux commandes symétriques,
à hauteur des contrepoids et comme pour un palan, deux
hommes sur un balcon en contrebas actionnent chaque chaîne
il faut exercer une force de 7000 kilogrammes, le mouvement est
très démultiplié et pénible: pour
ouvrir une vanne de vingt centimètres il faut un travail
de près de vingt minutes à quatre hommes. En réalité,
cette commande à la main n'est qu'une manoeuvre de secours
et n'a pas servi jusqu'alors pour une évacuation de crue.
Enfin, un équipement électrique récent (59-60)
permet une ouverture maximum en une heure
LA TOUR DE PRISE D'EAU :
Ce sont les ateliers Neyret, Beylier
et Piccard-Pictet dit "NEYRPIC" de GRENOBLE qui usinent
et mettent en place l'ensemble des installations conduites forcées,
fermetures à l'extrémité de chacune d'elles
et leurs appareils de manoeuvre.
Les trois prises d'eau dans le réservoir, vidange, irrigation,
alimentation sont commandées depuis la tour.
L'irrigation et l'eau d'alimentation partent de l'intérieur
de la tour où le niveau de l'eau est celui du lac. A différents
étages des grilles avec vannes sont prévues à
cet effet, jouant ainsi un premier rôle de filtre pour les
gros débris végétaux et permettant de prendre
l'eau plus ou moins près de la surface libre du lac-réservoir
, premier bassin de décantation naturelle . Il s'agit de
capter à la fois une eau aussi décantée et
aussi fraîche que possible.
La conduite de vidange passe sous la tour et prend l'eau à
son pied, directement au fond du lac. Une porte métallique
dite vanne de garde sur rail , commandée de la tour permet
d'ouvrir ou fermer- la prise d'eau de 2,60 mètres sur 2,30
mètres, en général elle est toujours ouverte,
seule la vanne papillon en aval est fermée ou règle
le débits au cours des lâchers. La porte amont n'est
utilisée que par nécessité, réparation
et entretien intérieur de la conduite ou du papillon, et
ce afin de ne pas détériorer par des manoeuvres
trop fréquentes les joints en cuir qui assurent l'étanchéité
aux surfaces de frottements. Enfin cette prise directe de vidange
permet d'évacuer par des lâchers dits "chasses"
une partie des dépôts amenés par les eaux
au pied du barrage ; on évalue à I/200 des débits
liquides les matières solides amenées par les crues.
Avec les premières chaleurs les culs-blancs viennent nicher
dans tous les recoins de la tour et à cette même
époque, les barbeaux, très nombreux remontent en
surface et rôdent le long des maçonneries ; c'est
qu'ils sont à l'affût des détritus et excréments
lâchés par les oiseaux ; au moindre " ploc"
ils bondissent et se disputent cette pâtée tombée
du ciel : le "bromège" est naturel, un poste
pour la pêche aussi. Il suffit de se camoufler dans la barque
de l'administration et de lancer la ligne amorcée avec
une petite sauterelle ; au "ploc" dans l'eau, le poisson
se jette dessus et avale sans tergiverser. Cependant les barbeaux
comprennent vite la "musique" et il faut changer de
place. Quant aux qualités culinaires du roi de nos rivières
il paraît souhaitable de les compléter... (!) par
l'emploi d'une recette adaptée : bien assaisonné,
accompagné d'aromates et délivré de ses arêtes
, on peut le déguster.

LES VANNES DE VIDANGE ET D'IRRIGATION
La vidange et l'irrigation sont
assurées par deux conduites forcées sur la rive
droite , elles suivent une des galeries percée à
cet effet aboutissent au pied du barrage , en aval du contre-barrage,
et rejettent l'eau directement dans la rivière.
Ces conduites sont fermées aux deux extrémités
amont et aval par des portes qui peuvent être commandées
séparément, ce qui par l'aval, permet les visites
d'entretien ou les réparations.
Le système de fermeture aval est constitué par des
portes circulaires pivotant autour d'un axe horizontal suivant
le procédé technique appelé "vanne papillon".
La vanne de vidange a 2,40 mètres de diamètre et
permet un débit de 85 mètres cubes/seconde , pour
l'irrigation une vanne de 0,80 mètre qui peut débiter
15 mètres cubes/seconde, le barrage à la retenue
maxima .
Les vannes de vidange et d'irrigation sont commandées électriquement,
un fonctionnement de secours à la main est possible. Pour
palier les éventuelles pannes de secteur, un projet prévoyait
l'installation d'une turbine sur une conduite forcée, actionnant
un alternateur qui aurait pu assurer les besoins en énergie
du barrage pour les appareils de manoeuvre et l'éclairage.
Le devis établi n'a pas été retenu faute
de crédits et le projet n'a jamais été réalisé.
ALIMENTATION EN EAU DE PHILIPPEVILLE ET DES VILLAGES
Après sa sortie de la tour,
l'eau subit deux traitements : l'un mécanique, l'autre
chimique.
- Le traitement mécanique :
La conduite peut recevoir un débit maxima de 8 000 mètres
cubes par 24 heures. Dans la réalité, le débit
moyen est de 6000 mètres cubes/24 h. Mais si l'eau passait
directement du réservoir dans le tuyau d'alimentation celui-ci
sauterait sous l'effet de la pression, ou bien il faudrait équiper
toute la distance en conduite forcée. Aussi pour amortir
cette pression, l'eau est amenée dès sa sortie du
réservoir à la chambre brise-charge. Là,
sous l'effet de la pression , l'eau jaillit par un robinet pointeau
en un jet continu de 245 millimètres; dans l'axe du jet,
sur la paroi opposée du bassin , un pointeau scellé
dans la maçonnerie pulvérise ce jet; l'eau bouillonnante
est recueillie dans un premier bassin , puis s'écoule par
un déversoir dans un second bassin d'où elle s'engage
dans une conduite de 500 millimètres à la côte
160,50 pour être dirigée vers la station de filtrage
en passant sous le lit de la rivière . Pratiquement, la
pression de l'eau n'est donnée alors que par la dénivellation
du terrain entre cette altitude et le point considéré
- le traitement chimique
Après un parcours de 500 mètres, la conduite atteint
la station de filtrage sur la rive opposée de la rivière.
L'eau passe en premier lieu dans une série de deux bassins
dits "bassins de réaction et décantation";
pendant son séjour, elle y subit un traitement chimique
au sulfate d'alumine. Ce produit est un coagulant destiné
à faire précipiter les boues, un activateur de la
décantation. Sous l'effet du sulfate d'alumine, il se forme
des flocons blancs ou blanchâtres qui se déposent.
L'eau passe alors au filtrage.
Les filtres sont répartis en huit bassins. Dans chaque
bassin, un treillis métallique très serré
et épais est recouvert d'une couche de sable.

LE VILLAGE ET SA POPULATION
Pendant les travaux de construction,
la population européenne atteint quatre-vingt personnes
environ ; communautés d'origines diverses l'image de l'Algérie
on y trouve des français de métropole ou d'Algérie,
des italiens, des espagnols, des maltais, des autochtones des
douars environnants et des marocains installés au lieu
dit "le camp marocains" où ils ont montés
leurs habitations - Mais à ceux qui habitent le village
s'ajoutent les employés du chantier qui résident
à El Arrouch. L'institutrice part, on dirait aujourd'hui
en week-end, souvent le samedi après la classe pour Constantine
ou Philippeville et quelquefois le lundi matin les élèves
apprécient une récréation imprévue
quand, correspondance manquée ou défaut du taxi
à la gare d'El Arrouch elle arrive quelque peu en retard.
Pratiquement nulle après la f'in du chantier, la population
européenne variera par la suite et suivant les périodes
; on pourra en compter de dix à vingt de 57 à 62,
des fonctionnaires des Eaux et Forêts, du Service de l'hydraulique,
de l'Education Nationale, des Services Municipaux et de passage
les techniciens des entreprises qui sont engagées dans
des travaux.
La population musulmane s'élève à 5000 habitants
en 1962, réparties sur tout le territoire communal, en
mechtas sur les sommets environnants d'Aïn Jdida, du Kebbous
ou près des sources 400 habitants résident au village
; le peuplement est essentiellement fait du douar Hazabra et quelques
éléments des douars environnants (1).
La présence de vestiges atteste une implantation de l'époque
romaine : à Zardézas, un cimetière près
de la rivière sur la piste d'Aïn Adar, et vers la
source d'Aïn Jdida des débris de tuiles, pierres taillées
et assez souvent pièces de monnaie.
Les distractions sont rares ; on se déplace à Constantine
ou à Philippeville le dimanche quand on dispose des moyens
de locomotion. Un terrain de tennis a été installé,
on pratique aussi le football ou la partie de boules devant la
cantine. La pêche, mais surtout la chasse aux perdreaux
et sangliers procurera beaucoup de plaisir aux amateurs dans cette
contrée giboyeuse. C'est au cours d'une de ces parties
qu'Ali Boujdida employé au barrage depuis ses débuts
et qui sera le premier maire de la commune, racontera à
mon père sa surprise en voyant débouler un lynx;
il ne le tira pas. Avec l'été, quand le lac de retenue
fera, miroiter ses premières eaux, quelques courageux s'y
baigneront.
En 1939 comme en bien des points
du territoire, les préparatifs de la guerre sont visibles;
craignait-on déjà un bombardement ? Des tranchées
sont creusées et numérotées dans les pentes
à l'écart et au-dessus du village et les habitants
y reçoivent une affectation. A l'appel de mobilisation
les hommes les plus jeunes partiront tandis que d'autres, plus
agés assureront souvent la garde des ponts, voies ferrées
ou lignes téléphoniques du secteur avec un vieux
''LEBEL" . Et dans la nuit du 2 septembre 1939, jour de l'entrée
en guerre, sans docteur ni sage-femme, nous aurons une naissance
à Zardézas, avec l'aide des voisins , tandis que
le père mobilisé -39 ans et trois enfants- rejoignait
la caserne du 3ième Zouaves à Philippeville.
La première école ouvre ses portes en 1931 avec
la création d'un poste une classe de 25 à 30 élèves
; elle se maintiendra jusqu'en 1940. A la fin des travaux, l'entreprise
Ballot démonte le bâtiment scolaire préfabriqué
qui lui appartient : l'école ferme ses portes. Suite au
débarquement des anglo-américain en A.F.N. et consécutif
aux bombardements de Philippeville et de son port, des familles
dont une institutrice se réfugieront à Zardézas
; brève reprise en I342-43, cette enseignante repliée
de Tunisie fera fonctionner une classe pendant un an.
Il faudra attendre 1958 pour que l'école ouvre nouveau
avec, une première classe de 40 élèves. Pour
démarrer, deux bâtiments "Fillod" en tôle
de deux classes-préau chacun et deux villas seront progressivement
montés. Puis un bâtiment en dur dont la construction
avait été arrêtée en 1955 avec les
"événements" sera repris et achevé
en 1960-61 avec deux classes en rez-de-chaussée et deux
appartements à l'étage ; l'ensemble , sur trois
niveaux encadre la cour située au niveau intermédiaire
de plain-pied avec la rue . Sur sept classes, deux fonctionneront
en mi-temps. En 1962, avec sept classes et près de 350
élèves, en des jours sombres et difficiles, l'activités
scolaire et pédagogique sera assurée jusqu'au 30
juin après avoir procédé à la distribution
des prix .
Nous quitterons le barrage tous ensemble, et Ali Boudjdida qui
nous attendait à la sortie du village en nous disant "au
revoir" ajoutait "vous reviendrez à la rentrée
?"


Après le vacarme journalier
des concasseurs, des tirs de mines annoncés par la trompe,
des locos et pelles à vapeur , le silence est retombé
sur la vallée - Seul s'élève dans le soir
la flûte ou le chant d'un berger qui rentre avec ses troupeaux
ou encore c'est l'écho d'un appel qui résonne d'une
montagne à l'autre.
Avec l'achèvement du chantier, toutes les installations
disparaissent des baraquements ne subsistent plus que les socles
en béton, seuls se maintiendront les deux bâtiments
en dur de l'administration et de l'entreprise qui abritaient les
bureaux. Quelques ouvriers permanents assureront la surveillance
et l'entretien. Quand il le faudra, un responsable viendra de
Philippeville de jour ou de nuit . Les observations en provenance
du barrage sont communiquées au bureau du Service de l'Hydraulique
de Philippeville qui les enregistre et donne les ordres.
Au cours des crues, les eaux qui ravinent les pentes du bassin
versant entraînent dans le lac quantité de détritus
et de terre
et pour éviter l'envasement au pied du
barrage en aval, on effectue des lâchers successifs par
la vanne de vidange. Seule une bien faible partie des dépôts
est ainsi évacuée et l'efficacité de la méthode
est discutée.
Pâques 1953, le barrage est presque plein, encore quelques
centimètres de hauteur d'eau et celle-ci passera par-dessus
les vannes automatiques. Avec le beau temps, la crue est très
faible, l'eau ne monte que de deux à trois millimètres
par heure. Pour évacuer la quantité invraisemblable
de détritus végétaux qui s'est accumulée
à la surface tout contre les vannes le service laissera
l'eau s'écouler par dessus les portes.
En temps normal, l'activité est réduite : entretiens
divers en maçonnerie, peinture, mécanique et surveillance
des appareils enregistreurs, garde des installations. La station
de filtrage de l'eau d'alimentation occupe deux ouvriers pour
la surveillance et l'entretien, le nettoyage des filtres et cuves.
Il n'en fut pas de même durant l'hiver 1953 , à la
suite de conditions atmosphériques défavorables
: pluies importantes pendant plus d'une semaine Le Zeramna dont
le confluent avec le Saf Saf se trouve tout près de Philippeville
a gonflé démesurément au-delà de ses
possibilités d'évacuation . Pour pallier ce danger
connu un tunnel a été percé sous la montagne
du Skikda. Mais la crue est trop forte, les eaux débordent,
rompent les digues, inondant la vallée et les faubourgs
de la ville Pour éviter que la catastrophe ne prenne des
proportions plus grandes les vannes du barrage des Zardézas
sont maintenues fermées malgré la montée
du niveau des eaux arrivant du bassin versant, et ce afin de laisser
passer au maximum l'onde de crue du Zeramna. Le barrage a servi
de tampon et quand l'ordre d'ouverture des vannes a été
donné, il passait près de 15 centimètres
d'eau par-dessus leurs bords supérieurs.
Autrement plus violente sera la crue de 1957, les 22 et 23 novembre.
Pour l'ensemble du périmètre contrôlé
soit 115 000 hectares on enregistre une chute de pluie évaluée
à 200 millions de mètres cubes.
- bassin de réception 80 millions de m³,
- bassin aval 120 millions de m³,
et la pluviométrie enregistrée au barrage pendant
la période septembre - octobre - novembre 1957 atteint
630,8 millimètres.
La situation traduite par les nombres se présente ainsi
: le cube de la crue est de 47 704 912 mètres cubes.
Les manoeuvres exécutées sont celles qui habituellement
évitent la conjonction des crues Zeramna-Saf Saf à
l'embouchure.
Le 22 à 9 heures 17, la côte d'alerte est atteinte
et les vannes automatiques entrent en fonctionnement.
- entre 8 et 9 heures : 1 443 874 mètres cubes arrivent
dans le lac
- à 9 heures 30 les vannes ouvertes lâchent 1 418
m³/Seconde (1)
La capacité du réservoir étant atteinte,
ce débit représente rigoureusement la quantité
d'eau qui se déverse dans le lac ; la sensibilité
du système de fonctionnement automatique permet cette précision.
Une variation de débit qui va atteindre 1m³/s/s dans
la rivière entraîne un front de crue très
violent, à l'origine des dégâts les plus sévères
: inondation la plus importante, érosion, des hectares
emportés le long des berges, dépôts limoneux
dans les plantations et sur les voies de communications.
Au pied du barrage l'oued déborde de son lit, emporte la
moitié de la place du marché et le vieux pont en
bois
L'alerte donnée dès le 21 à 9 heures 30,
l'inondation des terres débutera le 22 vers 13 heures 30.
La submersion durera environ 24 heures. Aux plus hautes eaux,
4 700 hectares sont recouverts et on note 0,80 mètre à
1 mètre d'eau sur l'aérodrome de Valée .
La route Philipeville-Constantine est coupée.
Des débits de cette importance, atteignant en pointe 1
400 mètres cubes seconde sont heureusement rares ; c'est
le premier enregistré depuis que le barrage est en eau,
c'est peut-être ce que l'on appelle "la crue millénaire".
Afin d'éliminer ou de réduire au mieux ce danger
des crues brutales des travaux sont entrepris , certains déjà
en cours sont accélérés et d'autres mis à
l'étude.
Citons :
- le reboisement du bassin versant ; nécessaire mais de
longue haleine En parallèle l'aménagement de banquettes
de différents types en courbe de niveau et plantations
d'arbres , essentiellement eucalyptus, frênes, pins d'alep,
cyprès, casuarinas, acacias éburnéa en bordure
. La D.R.S. créée par la loi du 2 février
1941 conduit ces travaux ; ses rapports font état pour
l'ensemble du territoire de 1 500 hectares entraînés
par an à la mer et perdus. Ce qui témoigne de l'urgence
de ces travaux.
- protection des berges et talus à vif, disposition de
gabions pour briser la force vive du flot, amélioration
de la couverture végétale.
- surélévation de l'ouvrage de 10 mètres,
pour un meilleur amortissement des crues par augmentation de la
capacité du réservoir de 11 millions de mètres
cubes. En 1962, l'envasement est tel que les mesures faites permettent
de dire que la capacité réelle est passée
de 18 ½ millions en 1940 à 11 millions de mètres
cubes, le minimum nécessaire pour assurer l'alimentation
en eau potable : 2,5 millions de m³ et l'irrigation 7 800
000 m³ . Une capacité de retenue supplémentaire
de 11 millions de mètres cubes aurait ramené la
crue de 1957 à un lâcher de 380 m³/s.
A l'automne de 1958 le personnel constate, au cours d'une manoeuvre
habituelle de contrôle que la vanne de garde ne ferme plus.
Tous les essais s'avèrent vains et les vérifications
effectuées sur les appareils de commande et de transmission
ne révèlent rien d'anormal. L'état-major
du S.C.H., de l'ingénieur responsable à Philipeville
à l'ingénieur en chef à Constantine en passant
par le personnel technique en place participent à des réunions
de travail sur le chantier : toutes sortes d'hypothèses
sont envisagées, un plongeur avec scaphandre autonome effectue
plusieurs plongées de reconnaissance mais l'eau est si
trouble qu'il ne parvient pas à identifier la nature de
l'incident. Et pourtant, la situation pour des raisons de sécurité
ne peut se prolonger indéfiniment. En désespoir
de cause une seule hypothèse est retenue sans avoir pu
être vérifiée : les tirs de mines de la carrière
au-dessus, auraient projeté des pierres de dimensions importantes
et celles-ci seraient coincées sous la porte ; les faits
et risques encourus avaient d'ailleurs été signalés
en son temps aux artificiers et responsable.
Un seul recours pour résoudre le problème : vider
le barrage. La décision est prise et la période
climatique favorable attendue : crue de la rivière assez
faible pour ne pas contrarier la vidange, suffisante pour remettre
en eau rapidement et réalimenter la conduite de Philipeville
enfin assez tôt pour assurer le remplissage du lac avant
l'été.
L'opération est déclenchée le 22 décembre.
Elle se déroule sans incident et vérifie l'hypothèse
retenue ; les obstacles sont rapidement dégagés,
et après une ultime vérification, la remise en eau
est engagée le soir même Ce sera l'occasion de constater
l'état d'envasement important du réservoir et pour
certains de faire une pêche miraculeuse en quantité
et taille de barbeaux et anguilles prisonniers de la boue en aval
du barrage dans le lit de la rivière .
L'envasement est le fléau
qui menace rapidement le barrage, comme tous ceux d'Algérie
d'ailleurs ; rappelons que sa capacité de 18 ½millions
de m³ est tombée à 10 ½ - 11 millions
de m³. , c'est une chute énorme. En 1953, des sondages
sont effectués dans le lac pour déterminer l'importance
exacte des dépôts ; des échantillons d'eau
sont d'autre part prélevés journellement en divers
points du lac et à différentes profondeurs, ainsi
qu'à la jonction de la rivière avec le lac. Ces
prélèvements sont envoyés à Alger
pour être étudiés et déterminer la
nature et les proportions d'alluvions charriés par la rivière
et la forme de cet envasement.
Si les Services des Eaux et Forêts et de la D.R.S. procèdent
à des aménagements de banquettes et de reboisements,
seuls les terrains d'Etat sont traités en général.
Les particuliers peuvent en bénéficier, subventionnés
à 80%, mais la demande est pratiquement nulle pour des
raisons que l'on devine.
Augmenter la capacité du barrage est un objectif, le projet
initial ayant été rabaissé de 10 mètres
pour permettre dans le temps une observation sur la solidité
des assises et butées ; des études sont donc menées
en vue d'une surélévation . Afin de déterminer
les mouvements de terrains, s'ils existent, et leur importance,
des repères ont été scellés sur le
barrage et aux environs immédiats dans un rayon de 200
mètres. Dans la zone d'éboulement rive gauche, les
observations sont faites par intersection de repères isolés
permettant de suivre les déplacements et de les préciser
; la levée stéréotopographique donne une
très grande précision graphique sur l'allure générale
d'éventuels mouvements en x,y,z, Les calculs analytiques
sont exécutés au 1/10ème de millimètre
avec table à 6 ou 8 décimales et le graphique à
l'échelle 10/1. La superficie totale de l'éboulement
rive gauche à étudier est de un hectare vingt-cinq.
Les mesures sont exécutées au théodolite
et niveau WILD; le fil à mesurer et la mire sont en métal
invar ; la précision en planimétrie est de 1/10ème
de millimètre par portée au fil invar sur 100 mètres
; dans la mesure de l'angle de deux directions : 2 secondes centésimales
Ces auscultations périodiques, pour les mouvements altimétriques
et latéraux sont effectuées par la Société
Française de Stéréographie de Paris pour
le Service Central des Etudes Générales et Grands
Travaux du Service de la Colonisation et de l'Hydraulique (S.C.H.).
Trois séries de mesures sont exécutées en
septembre 1952, février 1953, mai 1953 ; de nouvelles mesures
sont faites en 1961 .
Rien ne semble s'y opposer, la surélévation est
sur les rails, et c'est une nécessité.
L'alimentation en eau potable est aussi un problème qui
n'est jamais définitivement résolu avec l'augmentation
de la population, donc des besoins Des travaux entrepris depuis
1955 améliorent le débit de la conduite ; des pompes
et un bassin relèvent le niveau de départ de 28
mètres ; l'augmentation de pression se traduit par un débit
qui passe de 100 l/s. à 140 l/s. ; on est alors à
la nouvelle capacité maxima de la conduite, soit environ
11 000 m³/ jour.
La station de filtrage a été transformée
suivant le procédé C. Chabal et Cie, ainsi les traitements
de l'eau dans leur forme mécanique et chimique d'une part
et leur rapidité d'autre part sont améliorés
; le coagulant utilisé pour la décantation est le
sulfate ferrique à la dose de 20 g/m³ ; les décanteurs
à lit de boue et pulsations sont des plus modernes ; les
eaux sont ensuite filtrées par une couche de sable calibré
de 0,5 à 1,3 millimètres sous 80 centimètres
d'épaisseur. Le traitement chimique est réalisé
par une javellisation au chlore gazeux. Mais à l'arrivée
aux citernes, les eaux sont traitées une nouvelle fois
pour pallier les risques de pollution sur le trajet.
L'irrigation a donné lieu à de nombreuses études
: réseau de canalisations enterrées ou à
ciel ouvert par seguia distribuant l'eau dans toute la vallée
ces différents projets se sont toujours heurtés
à un cotât trop élevé. C'est finalement
un système intermédiaire qui se met en place. Toujours
lâchée depuis le barrage dans la rivière,
l'eau est pompée à partir de stations exploitées
par l'Administration et menée en tête de chaque propriété.
Les autorisations de pompage par les particuliers sont supprimées
La station de Saint-Charles est prévue pour entrer en activité
fin 1962.
Notes complémentaires
- Situation de la réserve
au 1-9-60 8 528 000 m³
au 1-9-61 3 728 000 m3
au1-9-62 7 32I 000 m3
Les graphiques permettent de constater que :
57-58 représente une année particulièrement pluvieuse
60-61 sécheresse catastrophique pour le bétail et l'agriculture
61-62 hauteur moyenne des précipitations
Stations de Pluviométrie de l'arrondissement de Philipeville
Philipeville
Ecole d'Agriculture
Aérodrome
Saint-Charles
Sidi Mezrich
Conde Smendou
Barrage des Zardézas ; altitude de la station 180 mètres
Bou Snib : un pluviomètre enregistreur.
Zardézas n'est pas un ouvrage
monumental, une oeuvre exceptionnelle que retiendra la postérité,
non ; il représente cependant un symbole, celui de la volonté
et de la ténacité des hommes enracinés dans
ce pays à vaincre toutes les difficultés pour qu'émerge
l'Algérie.
Après les pionniers et l'aventure de la conquête,
après le temps des bâtisseurs, venait celui de l'ouverture
à la modernité, aux techniques de pointe comme on
peut le constater aux dernières heures de l'Algérie
française avec la construction et la mise en service du
barrage de Meffrouch dans l'ouest algérien ; ainsi nous
pouvons lire dans "la Dépêche de Constantine"
des premières heures de l'indépendance : "Le
barrage de Meffrouch, près de Tlemcen, a été
mis en eau hier matin. Edifié dans l'ouest algérien
à quelques kilomètres de Tlemcen, sous la direction
d'ingénieurs français qui ont utilisé un
procédé révolutionnaire, la préfabrication,
pour la construction d'un barrage de 22 mètres de haut
et 530 mètres de long en crête . Unique au monde
dans sa conception, il assurera notamment l'alimentation en eau
potable de la ville de Tlemcen et de la zone industrielle d'Oran-Arzew:
capacité vingt millions de mètres cubes".
Ainsi le peuple Pied-Noir, poussé par le "vent de
l'histoire", quittera sa terre natale , abandonnant non pas
des vestiges ou des ruines , mais la trace concrète des
joies , des souffrances, du travail acharné des hommes
sur ce sol fécondé de leur sueur et de leur sang
, sur ce sol où ils avaient gagné le droit de vivre.
(1)- Les nombres cités concernant la crue de 1957 sont tirés des notes prises par Serge GROUD sur le barrage alors que dans des conditions de travail particulièrement difficiles abri et éclairage précaires pendant la nuit, sous les averses, il surveillait la montée des eaux et préparait les manoeuvres pour faire face à une situation qui devenait délicate et jamais rencontrée ; (montée des eaux de 4cm - par minute)
in l'Algérianiste n°60 de décembre 1992