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| Nbre d'entrées |
Total en tx jauge |
Tonnes de marchandise |
Provenance |
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| 1891 | 596 vapeurs |
171 864 |
48 465 |
Ensemble des ports et plages d'Algérie |
| dont |
||||
| 125 vapeurs |
15 788 |
8 742 |
Petits ports et plages | |
| dix ans plus tard |
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| 1901 | 1 082 vapeurs |
107 222 |
92 714 |
Ensemble des ports et plages d'Algérie |
| dont |
||||
| 188 vapeurs |
25 606 |
13 465 |
Petits ports et plages | |
| et 8 vapeurs |
893 |
700 |
En provenance du Cap Djinet seul. | |
Cette dernière précision est intéressante, car Alger se développe, et ce sont des carrières du Cap Djinet qu'arrivent les moellons nécessaires à ses constructions.
Extrait des statistiques des ports maritimes de commerce.
En dix ans le tonnage des vapeurs affectés au cabotage a diminué, mais la capacité de charge a augmenté. Les côtiers sont de petits cargos construits souvent dans les chantiers britanniques ou nordiques, robustes, marchant au charbon, équipés de mâts de charge et de treuils à vapeur. Leur tonnage avant la guerre 1914-1918 varie entre 80 et 10 000 tx. Pour le service des plages, il leur faut un faible tonnage et un faible tirant d'eau. Ce sont eux qui remplaceront les voiliers, restés longtemps concurrentiels sur les courtes distances.
Evolution de l'armement du cabotage algérois.
| Vapeurs |
Voiliers |
||||||
| Nombre |
Jauge |
Equipage |
Nombre |
Jauge |
Equipage |
||
| 1891 |
8 |
742 |
91 |
20 |
905 |
95 |
|
| 1894 |
9 |
900 |
104 |
18 |
846 |
96 |
|
| 1897 |
14 |
1951 |
173 |
11 |
468 |
60 |
|
Le cabotage est un élément important du développement économique de l'A!gérie.
Avec la crise du phylloxéra en France, la culture de la vigne en Algérie va s'étendre et si elle peut se développer sur tout le littoral, c'est grâce au cabotage. Sa prospérité permit l'extension des propriétés, des villages et des petites villes.
"Mes parents, bien avant ma naissance, avaient fait charger un bateau de tout ce qui était nécessaire à la construction de leur maison de Francis-Garnier, dont le village de colonisation venait d'être créé et où ils venaient d'acheter des lots avec des amis tentés, comme eux, par la mise en valeur de terres qu'aucune route vraiment carrossable ne desservait encore." (Solange Perre-Bortolotti)
Très tôt, les caboteurs desservent des lignes régulières vers les différents ports.
Les différents armements
Un des premiers armements porte le nom de Schiaffino. Dans les archives des Affaires étrangères, apparaît le nom de Jacques Schiafflno, armateur de balancelle qui, passant au travers de la croisière barbaresque, apporta à Gênes la dépêche relatant le "Coup de l'éventail" reçu par le consul de France.
En 1874, ses petits-fils fondent la
Société Schiafflno frères pour le service
côtier.
En 1892, l'armement Franceschi, de Dellys, s'y associe sous la dénomination: Franceschi, Schiafflno et Cie qui dispose des navires suivants:
"Antoine-Schiaffino" (190 tx), "Ville-de-Dellys" (67 tx), "Emile-Eloise" (125 tx), "Douro" (105 tx).
La nouvelle société fusionnera en
1894 avec l'armement Achaque qui disposait de son côté des
"N.-D. d'Afrique" (190 tx), "Breton" (85 tx),
."France-Chérie" (39 tx), ."Mathilde"
(70 tx), desservant la ligne
Alger-Bône-Bougie-Ténès.
En concurrence avec Prosper Durand et ses trois
navires:
"Mayenne" (112 tx), "Seine" (95 tx),
"Jeanne-d'Arc" (44 tx).
En 1897, la Société Franceschi,
Schiaffino, Achaque et Cie, s'associe avec Nyer et Sitgès, en absorbant
la Société des Lignes Côtières, et devient la
Société de Navigation Côtière
Algérienne, Schiaffino et Nyer Sitgès avec deux nouveaux
navires:
"L'Algérie" de 135 tx et la "Lucile"
de 209 tx, qui absorbe les Lignes Côtières de Hauteville, Jobez et
Mathieu.
Prosper Durand, lui-même, s'est agrandi de quatre nouvelles unités: ."Meylan" (42 tx), ."Loire " (480 tx), "Rhône-et-Saône " (454 tx), "Gironde" (165 tx).
Le XXe siècle
En 1908, Charles Schiafflno s'associe avec A. Jouvet, de Bougie, sous la dénomination: Charles Schiaffino, A. Jouvet et Cie (Bougie) avec trois navires, le "Saint-Rémy" (749 tx), "Ville-de-Bougie" (508 tx) et l'."Aurore" (598 tx), la Société Franceschi, Achaque, Schiaffino et Cie (Alger) disposant de son côté des navires suivants:
"Algérie" (265 tx), "France-Chérie" (146 tx), "N.-D. d'Afrique" (190 tx), "Breton" (153 tx), .. "Viile-de-Dellys" (105 tx).
La guerre de 1914-1918 provoque un arrêt de cette expansion. Tous les navires sont réquisitionnés par la Marine, les plus petits souvent armés en guerre, participant aux opérations ou utilisés comme patrouilleurs.
L'Après-Guerre
Le trafic reprend en 1919. L'armement Achaque s'est séparé de Schiaffino qui, avec Laurent, le fils de Charles, prend le nom de Laurent-Schiaffino et Cie, avec les bâtiments suivants:
"Actif ", "Aurore", "Finistère", "N.-D. d'Afrique" et les remorqueurs "Sen" et "Furet". La société se transforme en 1920 en Société Algérienne de Navigation pour l'Afrique du Nord (Charles-Schiaffino et Cie). Au décès de Charles, Laurent en prend la direction. Le capital est porté à 25 millions en 1921, permettant l'acquisition de cinq gros cargos auxquels Laurent donnera les prénoms familiaux, "Charles", "Catherine Schiaffino", pour le service de lignes sur la France.
Un nouvel armement apparaît avec la Société Commerciale d'Armement (S.C.A. de Thibaut frères).
En 1921, la flotte inscrite au cabotage côtier du port d'Alger est la suivante:
Schiaffino: "Actif", "Aurore", "Finistère", "Algérie", "N.-D. d'Afrique", "St-Joseph".
Achaque: "Carmel-Achaque", "Angèle-Achaque" (199 tx),
"Antoine-A" (296 tx), "Honorine" (599 tx), "Yvonne-Achaque" (263 tx).
S.C.A. "Caen"(1050 tx).
Pierre Griffe dans " Les routes du large
" écrit: " ... Ces armements ne chômaient guère.
Les camions n'existant pas encore à cette époque, le gros du
trafic des vins entre Alger et les ports se faisait par mer. Notamment les
demi-muids en quantité considérable, en vue de leur
expédition vers la métropole. "
"Un de ces petits armements, la maison Achaque, possédait plusieurs vapeurs de 150 à 700 tx, baptisés des noms de famille, (" Honorine-Achaque " "Antoine-Achaque ", " Yvonne-Achaque "...). Leur fief était la côte Ouest d'Alger qui comprenait trois ports, Tipasa, Cherchell et Ténès. Mais plusieurs plages de la région étaient également desservies en raison des vastes vignobles qui les bordaient... J'ai embarqué en mai 1920 à bord du "Carmel-Achaque" avec Leon-Claude Célérier, ainsi que M. Rouyer, professeur à l'Ecole de navigation d'Alger en vue de compléter l'équipage de ce caboteur, arrêté à la suite d une grève de son équipage. Il était chargé de farine pour Tipasa, destination urgente
"...Ce vapeur de 199 tx était muni d'une machine alternative de 160 Cv Il avait été construit à Glasgow en 1899. Le capitaine Perilhou, un excellent marin, avait avec lui, un chef mécanicien, trois matelots et trois chauffeurs Les voyages, quand ils ne desservaient que les ports, étaient sans problèmes Nous partions d'Alger de nuit afin d'arriver au jour à destination. L'embarquement des fûts par l'équipage était vite terminé. Le retour avait lieu vers midi et ensuite le déchargement était effectué par des dockers. Au cours d'un certain mois de beau temps, le "Carmel" réussit même l'exploit de boucler ses trente voyages ! Mais quand nous allions à Ténès, à 120 miles d'Alger, c'était une autre expédition. Le voyage durait 48 heures.
"Les bateaux n'hésitaient pas à s'ancrer à proximité de la côte. Ils organisaient avec la plage un va-et-vient, permettant d'établir un train de flottage: envoi de fûts vides et retour de fûts pleins, descendus des propriétés voisines.
"Les fûts étaient alignés sur la plage et roulés à la mer à notre arrivée. Les fûts étaient crochés avec la patte d'oie ordinaire capelée sur le fil d'acier même du treuil qui avait été déroulé jusqu'à la plage à l'aide d'un canot. C'était une gymnastique harassante, dont on devine les aléas et qui ne pouvait se faire que par beau temps, afin d'éviter tout heurt contre la coque. C'est à la cape, au large, qu'on attendait quelquefois le calme".
La S.C.A. rachète en 1923 la flotte Achaque et dessert dorénavant la côte de Mostaganem à Tunis.
En 1926, la flotte au cabotage côtier se répartit comme suit:
S.A.N.P.A.N.: "Finistère", "Actif", "Ville-de-Djidjelli", "Ville-de-Tipasa" et "N.-D. d'Afrique".
S.C.A.: "Ain-Mokra", "Honorine-Achaque", "Carmel" et "Angèle-Achaque", "Antoine-Achaque", " Yvonne-Achaque ".
Caboteurs Algériens (Coudray): "Cartenée" et "Césarée".
Mauvaises fortunes de mer
Le 14 novembre 1927, deux petits cargos quittent
Alger pour Tipasa en vue d y prendre un chargement de vins en fûts. L'
"Angèle-Achaque" s'ancre au môle, y
décharge ses 260 fûts vides et commence le chargement.
L'équipage se compose du capitaine Dominique Bastiani, du
chef-mécanicien Marcel André, du maître d'équipage
Giordan Rosari, de Philippe Loffrédo, chauffeur-mécanicien, de
six matelots et cinq dockers.
La nuit tombe, mais le vent se lève, la mer grossit. A Tipasa, le port, étant ouvert, n'est pas protégé; par gros vent la houle y pénètre. Sur le "Carmel-Achaque" à l'ancre en rade, le capitaine inquiet, fait pousser la vapeur, lève l'ancre et commence à s'éloigner de la côte. Sur l'"Angèle", après la dure journée, l'équipage est au repos; il se croit encore à l'abri, ne réagit pas tout de suite. ll faut pousser la chaudière mise en veilleuse. La manuvre est délicate, on doit à l'aide du treuil se déhaler sur l'ancre arrière, puis virer de bord pour prendre le large. Hélas ! la mer devient forte, la pression n'est pas suffisante. Dans la nuit l'"Angèle" est ballottée, embarque une lame, la chaudière explose, brisant le pont et la passerelle. Elle dérive; finalement drossée sur la falaise voisine de Sainte-Salsa, elle chavire. ll est 23 h. ll n'y aura pas de rescapés.
"A Alger, on les croit perdus tous les deux; pourtant le lendemain vers Il h 30, on voit à l'horizon une coquille ballottée par les flots, un petit navire à la cheminée jaune et noire luttant contre les vagues et se dirigeant vers le port. A 1I h 50, il franchissait la passe, c'était le "Carmel".
"Son capitaine, Marcel Lambert, dira: il est 22 h, la mer grossit, il faut fuir la pointe du Chenoua, nous faisons route au large où me jugeant à l'abri de la côte je prends la cape. Ce n'est qu'avec le courage de mon équipage que nous avons pu sortir de là... "
"Un autre navire de ce même
armement (la S.C.A.), l'"Honorine-Achaque", revenant de Bougie voit
au cours de la tempête son hélice se briser; il va
s'échouer à l'embouchure de l'oued Sébaou à l'ouest
de Dellys. Le navire est ensablé en sa position normale. M. Atlan, de
l'usine de crin végétal, et M. Lardieu, agriculteur,
alertés par les sirènes du bateau, dès 3 h purent attraper
un cordage lancé du bateau, et grâce à eux les passagers et
les membres d'équipage purent être sauvés. "
(" La Dépêche Algérienne " du jeudi 17
novembre)
Dès le lendemain un comité de soutien et d'aide aux familles était organisé par la "Dépêche Algérienne".
Quelque temps après, on pouvait voir, quille en l'air, au pied du rocher où fut érigée la stèle du souvenir, la coque de l'"Angèle". (toujours visibles l'une et l'autre en 1992, mais la colonne sans sa croix).
L'année suivant ces sinistres, la S.C.A.
débaptisait ses navires portant les noms Achaque, en leur donnant celui
de petites villes algériennes, ainsi qu'elle avait commencé
à le faire avec l'acquisition de l'"Aïn-Mokra", ce
furent: l'"Aïn-N'Sour"
l'."Aïn-Taya" l'"Aïn-Sefra" et plus
tard l' "Aïn-Bessem"
Le 26 novembre 1928, le "Césarée" de la Cornpagnie des Caboteurs Algériens, en provenance de Cherchell, coule entre le Cap Caxine et les Bains-Romains par fort vent d'ouest (360 tx, 43 m x 7,05, 300 Cv).
"M. Louis Ropast, chef mécanicien, un des quatre survivants sur les dix-neuf membres de l'équipage, nous dit, qu'étant parti de Tipasa avec 250 fûts de vin pour compléter son chargement à Cherchell, le capitaine M. Vignale trouve que son bateau serait trop chargé.
Toutefois, il fait le plein avec 40 fûts, mais il en fait charger 107 de plus. Il quitte Cherchell à minuit, arrive devant Cap-Caxine par grosse houle arrière l'une d'entre elles submerge l'arrière trop chargé et le bateau coule avant l'arrivée de l'"Hirondelle" partie à son secours.
Une collecte par voie de presse fut organisée pour venir en aide aux familles des disparus." ("Dépêche algérienne" du 28 novembre 1928)
Le "Césarée" ne sera pas remplacé et le "Cartenée" , 390 tx de jauge brut, le deuxième bateau de cette société fut vendu à IA Compagnie Schiaffino dès le mois de décembre et devint le "Ville-de-Ténès".
Cette même année, l'Armement Nord-Africain (A.N.A. - Cherfils) achète le "Sig" à Oran pour le cabotage, sur la cote Ouest d'Alger. Le "Sig" s'échouera entre Ténès et Mostaganem, au lieu dit Porticioli, sans perte de vie humaine, mais il sera irrécupérable.
Jacques THIBAUT